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Elles font pousser la révolte dans le monde agricole

Elles élèvent des poulets, cultivent des noyers ou gardent des chèvres mais personne ne les voit vraiment. Ces agricultrices racontent leurs combats…

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Elles font pousser la révolte dans le monde agricole

Elles élèvent des poulets, cultivent des noyers ou gardent des chèvres mais personne ne les voit vraiment. Ces agricultrices racontent leurs combats quotidiens contre le machisme et pour une vraie reconnaissance.

Demander à voir le chef, c’est une phrase qu’Élodie Lac a entendue des dizaines de fois sur son élevage de volailles dans le Lot. Dominique Raud, elle, a essuyé la même question dans sa ferme isolée de Haute-Garonne, même quand celle qui parlait était une femme. Bérengère Viltard a droit à un autre surnom. Ses voisins agriculteurs l’appellent princesse tracteur parce qu’elle a les ongles vernis et une tenue soignée. Cette mère célibataire de 34 ans est pourtant issue du milieu agricole. Elle a tout quitté après la mort de sa mère pour reprendre l’entreprise familiale, passé un bac pro en maraîchage et appris la mécanique pour ne pas dépendre d’un mécano. Elle raconte qu’on a appelé son père pour demander si elle était lesbienne.

Françoise Dufrene, sa voisine sexagénaire, a passé trente ans dans l’ombre de son mari. Mariée à 19 ans, elle a travaillé sans relâche à ramasser le tabac, soigner les 150 veaux et tenir la comptabilité. Personne ne la voyait. Il a fallu que son mari meure pour qu’elle ait enfin l’impression d’exister. Avant, dit-elle, j’étais la femme de Jacques. Son histoire n’a rien d’exceptionnel. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les femmes ne représentent qu’un quart des chefs d’exploitation et 29% des actifs agricoles. Et 17% d’entre elles ont encore le statut de conjointe ou de parente du chef, ce qui réduit fortement leurs droits à la retraite. Un plan gouvernemental présenté en février vise à changer la donne. Mais sur le terrain, les mentalités évoluent lentement.

Kyria Gay, maraîchère de 35 ans, dénonce une invisibilité totale. Elle se bat dans les manifestations et sur les réseaux sociaux pour montrer les paysannes. Elle dirige une exploitation avec son mari en Ariège, mais elle dit survivre grâce au restaurant fermier. Travailler autant et gagner moins que le minimum vieillesse, elle trouve ça révoltant. Élodie Lac, qui élève 4.000 poulets bio à Cézac, ne sort pas un Smic de son activité. Elle dit en souriant qu’elle fait femme assistée. Dominique Raud et son mari, avec leurs chèvres et leurs vaches, gagnent à peine 600 euros par mois à deux pour élever deux enfants.

La détresse est bien réelle. Dominique Raud, vice-présidente de la Coordination rurale de Haute-Garonne, a créé un groupe de femmes pour échanger des conseils sur la retraite et la protection sociale. Elle parle de double peine dans un monde rural sinistré qui tente de faire entendre son mal-être. Elle aussi a connu des pensées très sombres. Elle raconte qu’elle savait avec quelle corde et à quel endroit de la chèvrerie, mais pas quand. Aujourd’hui, elle veut faire entendre sa voix et celle de toutes celles qui restent dans l’ombre.

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