Monde
Au grillage de Fnideq, des familles attendent ceux qui ont disparu en cherchant Ceuta
Plus de 60.000 personnes ont tenté de gagner Ceuta ces derniers jours et des familles restent sans nouvelles des leurs. À la frontière marocaine, chacun…


Plus de 60.000 personnes ont tenté de gagner Ceuta ces derniers jours et des familles restent sans nouvelles des leurs. À la frontière marocaine, chacun guette un visage, un signe, une réponse.
Un haut grillage, des mains crispées dessus, des regards qui balaient la foule de l’autre côté. À Fnideq, tout près de l’enclave espagnole de Ceuta, une trentaine de personnes attendent aux abords de la clôture. Elles sont venues chercher un frère, un fils, un cousin. Certaines ont fait des centaines de kilomètres pour ça, comme ce plombier d’Ifrane, à 460 kilomètres de là, ou cette mère de Fès, qui a roulé plus de cinq heures dans la nuit.
Abdellatif, 27 ans, est ouvrier agricole à Moulay Bousselham. Il n’a plus aucune nouvelle de son petit frère, âgé de 17 ans. Le jeune homme s’est jeté à l’eau jeudi avec deux amis pour rejoindre Ceuta à la nage. Vendredi, les deux compagnons ont appelé Abdellatif pour raconter la traversée. Son frère a eu un claquage musculaire pendant qu’ils nageaient et ils ont fini par être séparés. « Je me demande s’il est encore en vie », souffle l’aîné. Il ne comprend pas pourquoi son cadet a pris ce risque, et il ne comprend pas le silence des autorités. Sa hantise, dit-il, c’est de rentrer sans lui. Il en veut au gouvernement, qui devrait selon lui sensibiliser les jeunes aux dangers de la migration irrégulière face aux ravages des réseaux sociaux.
Car cette vague est partie d’une simple rumeur, celle d’une frontière ouverte. Des vidéos montraient des jeunes arrivant à Ceuta à la nage ou en marchant sur des rochers, faisant le V de la victoire. Plus de 60.000 personnes ont réussi à entrer dans l’enclave ces derniers jours. La quasi-totalité a déjà été renvoyée à Fnideq, où des autocars les prennent en charge pour les ramener chez elles. Mais tout le monde n’a pas cette chance. Les autorités espagnoles dénombrent au moins 72 morts. L’Association marocaine des droits humains, elle, évoque près de 130 victimes et des dizaines de disparus.
Près de la clôture, les parents arrêtent les personnes refoulées et leur montrent des photos sur leur téléphone. Une mère se rassure parce que quelqu’un dit avoir vu son fils samedi à Ceuta. Rachida Mamakh, elle, interroge les passants en vain. Les yeux rouges d’avoir trop pleuré, cette femme de 48 ans cherche son fils Zouhair, 23 ans. Jeudi, il l’a appelée pour dire qu’il avait garé sa moto à Fnideq et qu’il était bien arrivé à Ceuta. Depuis, plus rien. « Il ne répond plus », dit-elle. Zouhair est bachelier mais sans emploi. Il avait appris l’allemand dans une école privée et rêvait d’une vie meilleure en Allemagne, même si la famille s’en sortait grâce à son père chauffeur de taxi. Elle supplie les autorités et le roi Mohammed VI de faire l’impossible pour ramener nos enfants.
Fadoua Allam, elle, a vécu la peur de sa vie. Cette veuve de 42 ans travaille comme serveuse pour un traiteur de cérémonies à Fnideq. Vendredi à l’aube, en rentrant, elle ne trouve plus ses deux enfants à la maison. Sa fille a 13 ans, son cadet 8 ans. « Je n’ai pas pu le supporter », raconte-t-elle. Elle est partie se jeter à l’eau pour aller les chercher à Ceuta. Elle a retrouvé sa fille dans un centre d’accueil, mais pas le petit garçon. Il avait déjà été renvoyé à Fnideq. Épuisée, incapable de marcher, elle est restée dormir chez une amie dans l’enclave avant de pouvoir le retrouver.
Mohammed, plombier de 27 ans, est lui aussi en attente. Il est venu de loin pour ses deux cousins de 18 et 22 ans. La dernière fois qu’il les a eus au téléphone, dans la nuit de jeudi à vendredi, il leur a dit de se rendre aux autorités pour être rapatriés. Plus de nouvelles depuis. Dans sa famille, personne ne s’explique leur geste. Les parents possèdent des terrains agricoles et vivent bien, insiste-t-il. Mais devant le grillage, ces raisons ne pèsent plus rien. Seule compte la question qui les ronge tous. Sont-ils encore en vie quelque part, de l’autre côté de cette frontière qui devait être ouverte et qui a englouti tant de rêves.
À lire aussi





SociétéEn Ligne 6 joursCes influenceurs qui vendent du rêve et que leurs abonnés commencent à lâcher



SociétéEn Ligne 7 joursÀ Bussy-Saint-Georges, le plus grand temple hindou d’Europe continentale a ouvert ses portes



ÉconomieEn Ligne 2 joursLidl France change de patron et surprend ses propres équipes



CultureEn Ligne 6 joursCatherine Ringer, la voix libre des Rita Mitsouko, s’est tue



MondeEn Ligne 6 joursTotalEnergies veut injecter 16 milliards de dollars dans le pétrole irakien



SportsEn Ligne 7 joursBordeaux sombre à Toulouse et mesure encore l’écart



EuropeEn Ligne 4 joursFace aux attaques hybrides venues de Russie, Macron convoque son état-major et bouscule son agenda



EuropeEn Ligne 5 joursLa Hongrie traque les milliards envolés de l’ère Orban








