Politique
Au cœur du Sahel, la vie quotidienne sous la loi des jihadistes
Du Mali au lac Tchad, des millions de personnes vivent sous la menace ou l’autorité de groupes armés. Impôts, interdictions, violence : leur emprise ne…


Du Mali au lac Tchad, des millions de personnes vivent sous la menace ou l’autorité de groupes armés. Impôts, interdictions, violence : leur emprise ne cesse de s’étendre.
Le phénomène n’a rien d’une simple menace lointaine. En Afrique de l’Ouest, des groupes comme le JNIM, l’État islamique ou Boko Haram contrôlent désormais des zones grandes comme un quart de l’Union européenne. Ils y imposent leurs règles, prélèvent des taxes et remplacent souvent l’État absent. Selon des données récentes, l’étendue de leurs attaques a doublé depuis 2020. Des capitales sahéliennes ont même été frappées en plein jour, comme l’aéroport de Niamey. L’ONU parle d’un « dangereux point de basculement » pour le Sahel central.
Concrètement, cela change tout pour les habitants. Dans la ville malienne de Nioro-du-Sahel, le blocus est total. Les jihadistes interdisent les sorties sauf pour des cas humanitaires. La musique profane, la cigarette, l’alcool sont prohibés. Les femmes doivent être voilées et ne peuvent se montrer en compagnie d’un homme sans lien familial. En échange de leur « protection », les paysans paient un impôt d’environ 10% de leurs récoltes. « La ville se meurt, tout est triste », raconte un résident. Pourtant, certains habitants admettent que les jihadistes peuvent être « courtois et justes » dans leurs jugements, appliquant la charia sans corruption. Une équité qui contraste avec les exactions parfois commises par les armées locales et leurs alliés.
Ce paradoxe cache une réalité plus profonde. Les zones rurales, négligées depuis des décennies par des États fragiles, sont devenues un terreau fertile pour l’idéologie radicale. Les conflits autour de l’accès à la terre et aux ressources naturelles s’enveniment. Les populations peules, souvent stigmatisées, sont accusées de grossir les rangs jihadistes, ce qui alimente un cycle de vengeances. « Cela donne du carburant au narratif des jihadistes qui se présentent comme les protecteurs des marginalisés », analyse un expert. Avec la progression géographique, leur idéologie se propage, remplaçant un islam tolérant par un discours plus radical sur internet. La coopération régionale, elle, reste au point mort entre les juntes sahéliennes et les pays côtiers, laissant les frontières poreuses. Pendant ce temps, des milliers de déplacés fuient vers les villes, abandonnant champs et villages déserts.
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