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Trois mois sans alcool, le défi que des millions de Thaïlandais relèvent au nom de leur foi

Chaque année, le carême bouddhiste pousse des millions de Thaïlandais à arrêter de boire pendant trois mois. Entre traditions religieuses et bienveillance…

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Trois mois sans alcool, le défi que des millions de Thaïlandais relèvent au nom de leur foi

Chaque année, le carême bouddhiste pousse des millions de Thaïlandais à arrêter de boire pendant trois mois. Entre traditions religieuses et bienveillance sanitaire, ce défi transforme des vies.

Les mains jointes au milieu de la cour du temple, Wassana Nak-umma prononce sa promesse. Plus d’alcool pendant trois mois. Cette femme de 42 ans, mère au foyer, ne compte plus les verres qu’elle a vidés autrefois. Elle se décrit elle-même comme une ancienne grosse buveuse, souvent ivre au point que ses enfants devaient nettoyer son vomi. Un proche l’a lancée dans l’aventure il y a trois ans. Elle a tenu, malgré l’envie qui la démangeait à chaque fois qu’elle voyait quelqu’un acheter de l’alcool. Aujourd’hui, elle boit encore, mais beaucoup moins, et continue d’observer cette période d’abstinence surtout par conviction religieuse.

Ce serment n’a rien d’exceptionnel. La Thaïlande compte plus de 90% de bouddhistes, et l’alcool est interdit par les préceptes de cette religion. Pourtant, le pays figure parmi les plus gros consommateurs d’Asie. De cette contradiction est née, en 2003, une campagne calquée sur le carême bouddhiste, le Khao Phansa, qui mêle spiritualité et santé publique. Cette année, la période s’étend du 30 juillet au 26 octobre. Selon les organisateurs, près de 8 millions de personnes ont relevé le défi en 2025, à des degrés divers. Cela représente à peu près un tiers des buveurs du royaume.

Dans la province de Samut Sakhon, à l’ouest de Bangkok, la cérémonie d’ouverture mêle offrandes aux moines et danses traditionnelles. Des habitants défilent à bord de salengs, ces scooters à side-car utilisés d’habitude pour transporter des noix de coco. Ils brandissent des pancartes où s’affichent des foies bien portants et souriants. Phayom Raksa, 66 ans, ancien producteur de noix de coco, participe au dispositif depuis six ans. Avant, raconte-t-il, ses enfants avaient honte de lui et tout son argent passait dans l’alcool. Il a arrêté complètement et exhorte les autres à regarder les choses positives.

Pourquoi un tel succès? Ubolwan Kongsawang, bénévole du réseau Stop Drinking Network, avance une explication simple. Le carême offre un ancrage spirituel. Lorsqu’une personne fait un voeu devant une image du Bouddha, dans un temple ou dans sa communauté, elle se sent liée par sa parole. Certaines familles aimeraient d’ailleurs que cette abstinence dure toute l’année, confie-t-elle.

Les organisateurs ont aussi changé leur discours. Fini la morale culpabilisante, place à l’accumulation de bons points pendant 90 jours, pour la santé, les relations familiales ou le portefeuille. Le docteur Pongthep Wongwatcharapaiboon, directeur de la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé, le reconnaît volontiers. L’objectif n’est pas forcément l’abstinence totale pour tout le monde. Réduire sa consommation, c’est déjà une victoire. Le pays vient d’ailleurs d’assouplir des restrictions datant de plusieurs décennies sur la vente d’alcool en début d’après-midi, une mesure pensée à l’origine pour empêcher les fonctionnaires de boire pendant leurs heures de travail. Pour Teera Watcharapranee, responsable du réseau Stop Drinking, il faut aller plus loin et transformer la culture de la boisson elle-même. Le combat ne s’arrête pas à la fin du carême.

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