Société
Sous une chaleur accablante, ils survivent sans eau ni ombre dans le plus grand bidonville d’Italie
À Borgo Mezzanone, des milliers de travailleurs migrants vivent dans des baraques en tôle, sans électricité ni sanitaires, alors que l’Europe suffoque…


À Borgo Mezzanone, des milliers de travailleurs migrants vivent dans des baraques en tôle, sans électricité ni sanitaires, alors que l’Europe suffoque sous les vagues de chaleur. Le gouvernement italien a laissé filer 54 millions d’euros d’aide européenne pour les reloger.
Ici, le bitume a laissé place à la poussière et aux ordures brûlées. Entre les pistes désaffectées d’un ancien aérodrome militaire, le bidonville de Borgo Mezzanone s’étend à perte de vue. Les travailleurs saisonniers y reviennent chaque soir, crevés par des heures de cueillette sous un soleil de plomb. Pas d’eau potable à portée de main. Pas de douche. Pas d’ombre. Juste des cabanes en tôle ondulée et des chemins de terre qui, quand l’orage éclate, se transforment en bourbier infranchissable. Florence Ekhatoro, une Nigériane de 47 ans, vit là depuis neuf ans. Elle fait partie des plus chanceux elle a réussi à obtenir une vraie maison en briques. Un ventilateur tourne en continu sous les icônes saints accrochées au mur. Six bidons d’eau en plastique patientent près de la porte. Aller les remplir à l’autre bout du camp est une épreuve. Il faut les traîner sur un chariot de supermarché jusqu’aux deux seuls points d’eau. Ensuite, faire bouillir pour boire ou se laver. Certains, épuisés, rentrent du travail et se couchent sans même se nettoyer.
À la belle saison, le bidonville peut accueillir jusqu’à 4 000 personnes. Des hommes et des femmes venus cueillir melons, abricots et cerises dans les champs des Pouilles. Mais une fois la journée finie, ils retrouvent la précarité absolue. Le ghetto insalubre, comme le dénonce un député local, n’a ni sanitaires ni électricité fiable. L’Union européenne avait pourtant débloqué 54 millions d’euros pour reloger ces travailleurs dans des logements décents. L’argent n’a jamais été dépensé à temps. Résultat il a été perdu. L’opposition accuse le gouvernement de Giorgia Meloni d’avoir freiné le processus, voyant d’un mauvais œil toute tentative de régularisation des migrants. Pendant ce temps, les habitants continuent de vivre dans un environnement qualifié de désertique par les médecins humanitaires qui interviennent sur place.
Les conséquences sur la santé sont visibles. Des jeunes gens en bonne santé à l’arrivée voient leur état se dégrader année après année. Le système immunitaire s’effondre. Les reins souffrent du manque d’eau. La chaleur et la soif sont les premières causes de consultation. Une responsable d’une ONG raconte avoir croisé un jeune homme en pleurs devant sa baraque lors d’une précédente canicule. Il avait recueilli deux chiots errants pour se sentir moins seul. Les animaux sont morts de chaleur. Dehors, des chiens faméliques errent en quête d’un peu d’eau. Des vaches promises à l’abattoir broutent sur des tas de déchets. La vie ici est une lutte permanente pour boire, pour dormir, pour simplement survivre jusqu’à la prochaine récolte.
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