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Ithaque s’offre une lumière inattendue grâce au cinéma

Une île grecque paisible se retrouve sous les feux des projecteurs après la sortie d’un grand film consacré à Ulysse. Aucune caméra n’y a tourné, mais les…

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Ithaque s'offre une lumière inattendue grâce au cinéma

Une île grecque paisible se retrouve sous les feux des projecteurs après la sortie d’un grand film consacré à Ulysse. Aucune caméra n’y a tourné, mais les habitants espèrent déjà une nouvelle vague de visiteurs.

Sur le ferry qui glisse vers Ithaque, une quinquagénaire italienne affiche son amour pour le héros antique. Giorgia Ongarato, venue de Bolzano, porte un T-shirt frappé du mot « Odyssée ». Elle a étudié le grec ancien quand elle était enfant et voue un vrai culte à Ulysse. Après avoir vu le long-métrage de Christopher Nolan, elle décrit ce premier contact avec l’île comme un rêve. Son enthousiasme, beaucoup de voyageurs le partagent à bord.

Ithaque reste pourtant très loin du tumulte de Mykonos ou de Santorin. En ce mois d’août, au sommet de la saison touristique grecque, l’île affiche un calme surprenant. Ses collines escarpées, ses oliviers, ses cyprès et ses eaux turquoise n’attirent que des visiteurs épars. Et voilà que le film « L’Odyssée » a soudainement braqué les projecteurs sur ce bout de terre, sans qu’une seule scène y soit tournée. Le réalisateur a préféré Favignana, une île italienne au large de la Sicile, pour planter le décor de la terre natale d’Ulysse.

Le maire Dionysis Stanitsas ne cache pas une pointe de déception. Il avait tenté de convaincre la production de poser ses caméras sur place, en vain. « Malheureusement, cela n’a pas été possible », souffle-t-il. Les quelque 3.000 habitants de l’île, eux, ont déjà pu assister à deux projections en plein air depuis la sortie mondiale du film le 16 juillet. « C’est une très bonne publicité pour l’île », se réjouit Xhimi Xoxha, qui tient une taverne à Vathi, la capitale locale. Il parie sur un effet boule de neige alors que le film s’exporte petit à petit dans le monde entier.

Sur place, pas de palais d’Ulysse ni de site archéologique spectaculaire pour confirmer la légende. Le visiteur croise seulement des statues d’Ulysse ou d’Homère sur les places des villages, des barques baptisées Télémaque ou Calypso, et quelques boutiques de souvenirs qui restent discrètes. Buste du poète aveugle, t-shirts à l’effigie de Pénélope ou du cyclope, assiettes ornées d’un cheval de Troie. La mise en scène de la modération est soignée.

Sur la plage de Dexia, bordée d’une oliveraie, la mythologie raconte que les Phéaciens y déposèrent Ulysse endormi pour son retour. Les vacanciers d’aujourd’hui y enchaînent baignades et siestes au son des grillons. « Tous les gens me disent qu’ils veulent des vacances, un bel endroit, mais aussi l’Histoire », observe Spyros Couvaras, archéologue et philologue, au musée du village de Stavros. Une touriste américaine de 22 ans, diplômée d’anthropologie de l’Université du Michigan, voit dans le film un bon moyen d’inciter davantage de personnes à s’intéresser à Homère et à la mythologie. Mais elle prévient sans détour que l’adaptation de Nolan ne colle pas vraiment au texte original.

L’œuvre a d’ailleurs soulevé quelques controverses en Grèce, car elle a été tournée en grande partie hors du pays. Parmi les rares décors grecs, la grotte de Nestor, dans la péninsule du Péloponnèse, a accueilli les scènes du cyclope. L’archéologue Spyros Couvaras préfère relativiser l’impact de la superproduction. « Derrière le film de Nolan, il y a Homère », rappelle-t-il, comme pour renvoyer l’écho vers ce qui compte vraiment aux yeux de l’île.

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