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« On est des cafards et on n’a peur de rien » : en Inde, la jeunesse se rebelle après une insulte du juge
Des milliers d’étudiants ont envahi les rues de New Delhi pour réclamer la tête du ministre de l’Éducation. Leur nom de ralliement ? Le « Parti du peuple…
Des milliers d’étudiants ont envahi les rues de New Delhi pour réclamer la tête du ministre de l’Éducation. Leur nom de ralliement ? Le « Parti du peuple des cafards », né d’une phrase choc d’un magistrat de la Cour suprême.
Tout a commencé par un mot malheureux. Le 16 mai, lors d’une audience, le président de la Cour suprême indienne, Surya Kant, traite les jeunes qui critiquent le gouvernement de « cafards » et de « parasites ». Il se justifie plus tard en disant viser ceux qui utilisent de faux diplômes, mais la formule est déjà dans toutes les bouches. Sur les réseaux sociaux, des étudiants s’emparent de l’insulte et la transforment en symbole.
En quelques jours, le « Cockroach Janata Party » (CJP) devient viral. Sur Instagram, il compte aujourd’hui plus de 22 millions d’abonnés, dépassant même les comptes officiels du parti au pouvoir et de l’opposition. Un étudiant de 30 ans, Abhijeet Dipke, ancien stratège politique, en prend la tête. Il revient de l’université de Boston pour organiser la première grande manifestation le 6 juin à New Delhi. Les manifestants portent des masques en papier à l’effigie des insectes. Leur slogan : « Un front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse. »
Mais derrière ce nom provocateur, il y a une colère bien réelle. Le ministre de l’Éducation Dharmendra Pradhan est accusé de laisser pourrir le système des examens nationaux. Le mois dernier, le concours d’entrée en médecine (NEET) a dû être annulé après une fuite massive des sujets. Des médias indiens rapportent même des suicides d’adolescents en lien avec ce scandale. « Comment se fait-il que des sujets d’examen soient divulgués dans ce pays ? » s’insurge Utkarsh Raj, un candidat en médecine venu manifester. « Nous voulons que le gouvernement rende des comptes. » À ses côtés, des pères de famille comme Sapan Gyan, 52 ans, qui a accompagné ses fils : « Les jeunes doivent pouvoir faire confiance à ces examens. Aujourd’hui, ils n’ont plus aucune crédibilité. »
Le mouvement ne s’arrête pas aux murs de l’éducation. Il touche à un mal plus profond : le chômage des jeunes. Selon l’Organisation internationale du travail, environ 16 % des Indiens de 15 à 24 ans sont sans emploi stable. Malgré la croissance économique fulgurante du pays, des millions de diplômés peinent à trouver un travail digne. Abhijeet Dipke, le leader du CJP, résume la colère : « L’avenir de la jeunesse indienne est en train d’être gâché. » Pendant ce temps, les autorités bloquent certains comptes du parti sur les réseaux sociaux. Mais sur Instagram, l’élan est déjà trop fort. Les « cafards » ont envahi la toile. Et ils ne comptent pas se taire.
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