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Musique, frontières et pragmatisme : le festival qui fait danser les jeunes Coréens près de la zone la plus
À quelques kilomètres des barbelés et des mines de la DMZ, le DMZ Peace Train Festival rassemble des milliers de festivaliers. Mais derrière les concerts…

À quelques kilomètres des barbelés et des mines de la DMZ, le DMZ Peace Train Festival rassemble des milliers de festivaliers. Mais derrière les concerts et les slogans pacifistes, un changement de cap s’opère chez les jeunes générations : l’idéal d’une Corée unifiée cède la place à un souhait plus réaliste, celui d’une coexistence apaisée entre deux voisins.
Le décor est pour le moins surprenant. Dans le comté rural de Cheorwon, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Séoul, des guitares électriques et des beats électroniques remplacent le silence pesant de la zone démilitarisée. Ce week-end, le DMZ Peace Train Festival fait vibrer la frontière la plus hermétique du monde. Parmi la foule, des étudiants, des soldats, des curieux venus du monde entier. Seong-bin, 20 ans, est venu fêter la fin de ses examens en musique. Son rêve n’est plus celui d’une Corée réunifiée à tout prix. « Il sera peut-être difficile de former un seul pays, explique-t-il, mais j’espère qu’on pourra au moins avancer en mettant de côté cette atmosphère tendue et en instaurant des relations plus pacifiques entre nous. » Un pragmatisme partagé par les membres du groupe post-punk Peach Truck Hijackers. Ces quatre musiciennes sont arrivées dès vendredi pour profiter du festival. Pour Chung-Kyoung, la chanteuse et guitariste, la priorité est claire : « Que la situation n’empire pas. » Elle avoue qu’il lui semble « vraiment difficile d’imaginer un monde où les choses s’améliorent ou dans lequel nous serions à nouveau unis », mais elle garde un brin d’espoir.
Ce glissement dans les mentalités, une enquête récente le chiffre sans ambiguïté. Réalisée fin mai 2026 par le consultatif national pour l’unification auprès de 1 200 personnes âgées de 19 à 39 ans, elle révèle que près de la moitié des jeunes Sud-Coréens considèrent désormais la Corée du Nord comme un pays « hostile ». Seuls 27 % la voient encore comme un partenaire potentiel. Et à peine 12 % se disent favorables à une poursuite active de la réunification. Le festival, lancé en 2018 sous le slogan « Dansons pour un monde sans frontières », s’adapte à cette nouvelle donne. Il mise sur la musique comme outil de rapprochement, sans naïveté. Artistes indonésiens, britanniques, américains et français se succèdent sur scène. Cette année, la scène française est à l’honneur avec le producteur électro-pop Lewis OfMan et le quatuor marseillais La Flemme. De quoi attirer un public international. Deux New-Yorkaises, Francesca et Nina, sont venues découvrir une autre facette de la Corée. « Cela permet d’obtenir une perspective différente de ce que l’on nous apprend d’ordinaire sur la politique coréenne », confie Francesca, frappée de voir des soldats profiter des concerts à quelques encablures des lignes de front.
Le ministère sud-coréen de l’Unification a lui aussi pris place dans le festival, avec un stand interactif sur les archives de la DMZ et une scène montée devant les ruines du quartier général du Parti des travailleurs de Corée. Park Seongryeol, directeur des projets transfrontaliers, se félicite de cette présence pour sensibiliser les jeunes à une « coexistence pacifique, un désir ardent de paix, quelles que soient les circonstances ». Mais ces aspirations se heurtent à une réalité diplomatique glaciale. Pyongyang reste sourd aux ouvertures du président Lee Jae-myung, qui tente de réchauffer des relations devenues exécrables sous son prédécesseur. L’existence même du festival doit beaucoup à Martin Elbourne, programmateur de Glastonbury, qui a eu l’idée après une visite de la DMZ en 2017. « On s’ennuyait un peu, probablement en buvant du soju, raconte-t-il. Et puis j’ai pensé que cela ferait un site de festival fantastique. » Malgré les tensions, il reste convaincu que le festival a du sens, rappelant son enfance en Allemagne de l’Est : « Je ne m’attendais pas à ce que les choses changent. »
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