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Le détenu laissé à l’abandon : la famille de Theo Sanha réclame justice
La famille de Theo Sanha, mort dans sa cellule à Fresnes en janvier 2022, a saisi la justice administrative pour faire reconnaître la responsabilité de l’État, estimant que l’administration pénitentiaire a failli à son devoir de protection.
Le 11 janvier 2022, Theo Sanha devait comparaître en audience pour non-respect d’une mesure de contrôle. Ce jour-là, sa mère apprendra son décès. Le corps du jeune homme de 28 ans avait été découvert le matin même, en position fœtale, nu, dans une cellule souillée d’urine et jonchée de détritus. Incarcéré depuis décembre 2021, il n’aura jamais été jugé.
Un rapport de l’Inspection générale de la justice, rendu public en mars 2022, a mis en lumière une série de défaillances et de négligences ayant conduit à un abandon progressif du détenu. Theo Sanha, qui présentait six condamnations pour vols et escroqueries, avait pourtant été examiné à plusieurs reprises par un médecin. Son état psychique, jugé préoccupant, aurait exigé une prise en charge individualisée et non une gestion qualifiée de déshumanisée et inadaptée.
Une information judiciaire pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger a été ouverte en septembre 2023. Le directeur de la maison d’arrêt a lui-même reconnu que le détenu, considéré comme agressif et détruisant le mobilier de sa cellule, aurait dû bénéficier d’un suivi médical renforcé, affirmant que Theo Sanha n’aurait jamais dû se trouver en détention.
La famille du défunt, qui se dit trahie par l’État, a déposé en mai dernier un recours devant le tribunal administratif de Melun. Elle réclame 50 000 euros pour préjudice moral et 5 000 euros pour frais de justice pour chacun des proches. Sollicités, le ministère de la Justice et la direction de l’administration pénitentiaire n’ont pas répondu dans l’immédiat.
Sur le plan disciplinaire, plusieurs surveillants ont été sanctionnés pour avoir négligé les contrôles visuels de la cellule la nuit du drame. Sur le plan pénal, la juge d’instruction a clos son enquête sans mise en examen. Elle estime que les fautes commises par le personnel ne constituent pas une cause directe du décès, qualifié d’origine naturelle et imprévisible. Elle considère également que les agents, bien que fautifs sur le plan disciplinaire, ne se sont pas volontairement abstenus de porter secours.
La famille conteste cette analyse. Son avocat dénonce l’incapacité de l’administration pénitentiaire à traiter dignement les détenus fragiles sur le plan psychiatrique. Selon lui, Fresnes était informée de la dégradation mentale de Theo Sanha et l’a laissé sombrer. Des témoignages de surveillants décrivent un changement radical de comportement après un séjour à l’unité pour détenus avec troubles psychiatriques : le jeune homme s’urinait dessus, refusait de se lever, jetait sa nourriture, vivait nu et adoptait des comportements étranges comme mélanger ses pâtes avec du dentifrice ou ingérer de l’eau de javel.
Un psychiatre ayant examiné Theo Sanha avait jugé ses troubles factices, les attribuant à une volonté d’obtenir une sortie de détention. La famille a demandé l’audition de ce médecin, mais cette requête a été rejetée. Les experts judiciaires mandatés ont estimé que la prise en charge médicale était adaptée, relevant que le détenu ne s’était plaint d’aucun problème somatique avant d’être retrouvé inanimé.
La famille a fait appel de cette décision.
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