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Depuis le ciel, les pilotes du feu racontent une bataille inégale

Entre adrénaline et impuissance, deux pilotes de la Sécurité civile décrivent leur longue lutte contre les incendies. Ils pointent aussi un manque de…

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Depuis le ciel, les pilotes du feu racontent une bataille inégale

Entre adrénaline et impuissance, deux pilotes de la Sécurité civile décrivent leur longue lutte contre les incendies. Ils pointent aussi un manque de moyens qui complique leur mission

Quand Fabrice Chrétien a posé son hélicoptère près de la forêt de Fontainebleau, il a compris que l’été serait rude. Ce pilote de 60 ans, dont 26 passés à la Sécurité civile, voyait pour la première fois des avions Dash et des bombardiers d’eau évoluer au-dessus de ce massif situé à 70 kilomètres de Paris. Une zone qu’il ne considérait pas comme exposée, contrairement au Sud-Est, à la Gironde ou à la Corse.

Le feu s’est déclaré mi-juillet. À bord de son appareil, Fabrice Chrétien a passé entre sept et huit heures par jour dans les airs. Son rôle consistait à guider les avions bombardiers d’eau, à marquer les feux, c’est-à-dire à les repérer et à les cartographier, puis à transporter des pompiers et du matériel.

À l’arrivée, plus de 2 000 hectares de forêts domaniales de Fontainebleau et des Trois-Pignons ont été détruits. Un constat douloureux pour ce pilote chevronné. On n’est jamais immunisé, confie-t-il. Quand on voit un tel patrimoine partir en fumée à cause de gestes insensés, on ne peut que serrer les dents.

L’enquête a permis d’identifier plusieurs responsables présumés. Quatre personnes ont été placées en garde à vue. Deux d’entre elles ont reconnu leur rôle. L’un est un pompier volontaire qui a admis avoir enflammé des brindilles avec un briquet et de l’essence. L’autre a expliqué avoir déclenché le sinistre accidentellement en jetant un mégot de cigarette.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, Éric Durand vit la même réalité. Ce commandant de bord sur Canadair, basé à Nîmes, a été envoyé sur plusieurs incendies cet été, du Var aux Pyrénées-Orientales, en passant par la Corse et ses reliefs escarpés. Ancien pilote de l’armée de l’air, il a rejoint la Sécurité civile en 2019. Il avait alors 22 ans de carrière derrière lui. Mais rien ne l’avait préparé à certains spectacles.

Face aux flammes, il décrit des murs de trente mètres de haut, des panaches de fumée noire qui empêchent de s’approcher. On se sent réellement tout petits, témoigne-t-il. Le plus éprouvant reste pourtant ailleurs. Éric Durand raconte ces maisons qui brûlent pendant que leurs habitants, désespérés, jettent de l’eau avec un petit seau pour tenter de sauver ce qui leur est cher. Ils savent que les secours arrivent, mais sans certitude d’y parvenir. Dans ces moments, il faut garder son sang-froid, dit-il. Le soir venu, il échange avec ses collègues pour démythifier ces missions hors normes.

Ce qui les fédère, c’est une conviction partagée. Sauver des biens, des populations et des forêts reste le cœur du métier. On donnerait tout pour ça, assure Éric Durand. Fabrice Chrétien renchérit. Ce métier, on le fait parce qu’on a envie d’aider son prochain.

Mais cette envie se heurte à un obstacle de taille, le manque de moyens aériens. Fabrice Chrétien, également secrétaire national du Syndicat national du personnel navigant et de l’aéronautique civile, le résume ainsi. La seule chose qui peut m’épuiser, c’est que nos demandes ne soient pas entendues, déplore-t-il. Les deux pilotes aimeraient notamment voir des bombardiers d’eau disponibles dans toutes les bases de la Sécurité civile, pour répondre à des départs de feu de plus en plus précoces.

Le président de la République a évoqué, lors d’une visite dans un centre de crise à Bordeaux, l’idée d’avions et d’hélicoptères capables de voler de nuit. Fabrice Chrétien préfère recentrer le débat. Il rappelle que la priorité reste des appareils qui travaillent le jour et des équipages qui s’entraînent l’hiver pour être opérationnels l’été. Sans oublier une règle simple pour bien faire son travail, savoir s’arrêter. Quand la fatigue est trop forte ou que les heures de vol s’accumulent, le plus raisonnable est parfois de faire demi-tour.

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