Monde
La parole muselée, une réalité quotidienne au Pakistan


Les autorités pakistanaises multiplient les mesures coercitives pour étouffer toute forme de contestation, qu’elle émane de défenseurs des droits, de journalistes ou de simples citoyens, dans un climat de rétrécissement alarmant des libertés fondamentales.
Le 8 mars dernier, Mavra Bari a passé la Journée internationale des droits des femmes derrière les barreaux. Comme une trentaine d’autres personnes, elle a été interpellée à Islamabad alors qu’elle souhaitait simplement observer une marche pacifique. La jeune femme décrit des conditions de détention difficiles, dans un espace surpeuplé et insalubre, aux côtés d’hommes, de femmes et même d’enfants. Certains détenus sont sortis du commissariat avec des traces de violences apparentes. Un père de famille, présent sur les lieux, s’est insurgé contre l’arrestation de sa fille, présente en simple spectatrice, sans avoir commis la moindre infraction.
Ces arrestations préventives, visant à empêcher des rassemblements publics, sont devenues une pratique courante. Les organisations de défense des droits humains observent une utilisation croissante de la détention arbitraire et de la force pour restreindre la liberté d’expression et d’association. Les mouvements de protestation, en particulier ceux portés par des femmes ou des groupes d’opposition, se voient systématiquement interdire de manifester, tandis que les rassemblements soutenus par les autorités se déroulent sans entrave.
Le champ d’action des défenseurs des droits, des avocats et des journalistes se réduit comme peau de chagrin. Des cas d’intimidation, de harcèlement judiciaire et de disparitions forcées sont régulièrement documentés. La notion de sécurité nationale est invoquée de manière extensive pour justifier des poursuites. L’avocate Imaan Mazari, connue pour sa défense de causes sensibles comme celle des disparus baloutches, purge ainsi une longue peine de prison avec son mari, tous deux accusés d’avoir diffusé des contenus « anti-État » en ligne.
La presse n’est pas épargnée. Le Pakistan reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour l’exercice du journalisme. Plusieurs professionnels des médias ont perdu la vie l’année dernière, et d’autres font face à des arrestations arbitraires. Sehrish Qureshi, l’une des trois journalistes interpellées le 8 mars, affirme avoir été détenue sans motif après s’être rendue au commissariat pour s’enquérir du sort de ses confrères. De nouvelles législations, présentées comme des cadres pour les médias traditionnels et numériques, sont en réalité perçues comme des outils de censure supplémentaires, renforçant le contrôle de l’État sur l’information.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour dénoncer des mesures qualifiées de draconiennes. Le contraste est frappant entre la répression de petites manifestations et la tolérance accordée à d’immenses rassemblements religieux ou politiques favorables au pouvoir. Pour Mavra Bari et bien d’autres, l’expérience de la détention, marquée par l’incertitude et la peur, illustre la précarité des libertés individuelles dans le pays. La libération, lorsqu’elle survient, n’efface pas le sentiment d’une justice à géométrie variable et d’un espace civique de plus en plus étouffé.





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