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Les data centers de l’IA empoisonnent un quartier noir de Memphis

Dans le sud des États-Unis, des méga centrales au gaz tournent jour et nuit pour faire fonctionner l’intelligence artificielle. Les habitants de Boxtown…

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Les data centers de l’IA empoisonnent un quartier noir de Memphis

Dans le sud des États-Unis, des méga centrales au gaz tournent jour et nuit pour faire fonctionner l’intelligence artificielle. Les habitants de Boxtown, déjà exposés à une pollution historique, se battent pour respirer.

L’air de Boxtown sent l’œuf pourri et le brûlé. À quelques kilomètres de ce quartier noir de Memphis, dans le Tennessee, une centrale thermique crache ses fumées pour alimenter un centre de données de SpaceXAI. Ces installations poussent à toute vitesse dans le sud des États-Unis, portées par l’explosion de la demande mondiale en puissance de calcul pour l’intelligence artificielle. Mais sur le terrain, elles provoquent un rejet grandissant. Jasmine Bernard a 17 ans. Elle habite à côté de Boxtown et se bat depuis près de deux ans contre ces turbines au méthane qui, dit-elle, empoisonnent une population déjà lourdement marquée par la pollution industrielle.

Boxtown a été fondé par d’anciens esclaves. Son histoire explique en partie ce qui s’y passe aujourd’hui. Jasmine rappelle que ce quartier et South Memphis ont toujours subi une négligence environnementale. Le risque de cancer y est quatre fois plus élevé que la moyenne nationale. Un cofondateur de l’organisation Memphis Community Against Pollution, lui-même enfant du quartier, parcourt le pays pour témoigner. Il voit dans Colossus I, le premier immense data center de SpaceXAI, le symbole d’une dérive. Des élus promettent des emplois et des recettes fiscales, mais personne ne demande leur avis aux habitants. Derrière lui, un grillage marqué « propriété privée » protège des turbines et des hangars remplis de processeurs. Anthropic, un concurrent de SpaceXAI, loue la totalité de la puissance de calcul pour plus d’un milliard de dollars par mois. De son côté, l’entreprise assure filtrer ses turbines et maintenir une qualité de l’air supérieure aux normes.

L’air n’est pas le seul problème. Chaque jour, Colossus I puise 4,5 millions de litres dans la nappe phréatique qui fournit en eau potable Memphis et ses environs, pour refroidir son méga ordinateur. Une usine de recyclage des eaux avait été promise, mais le chantier est à l’arrêt. Le centre devait générer 12 millions de dollars de recettes fiscales. Le maire démocrate de Memphis, Paul Young, a répondu en proposant de redistribuer 3,35 millions de dollars aux communautés touchées. Une stratégie semblable se joue dans le Mississippi voisin, à Southaven. Là-bas, les 69 turbines de Colossus II tournent sans interruption pour faire fonctionner le robot conversationnel Grok. Krystal Polk habite dans une maison entourée de pins depuis quatre générations. Le bruit, dit-elle, est permanent. « Si vous restez ici trop longtemps, les vibrations vous donnent la nausée », témoigne-t-elle. Jason Haley, un voisin, ne sort plus sans son sonomètre. Il aimerait déménager, mais les taux d’intérêt et les prix de l’immobilier le retiennent. Et il se demande qui accepterait d’acheter sa maison.

Des associations et des experts vont plus loin. Ils dénoncent une centrale construite sans permis et sans concertation, en violation de lois comme le Clean Air Act. Ce texte impose d’obtenir une autorisation protectrice avant d’installer une industrie polluante. Or l’entreprise ne l’a pas attendue. Elle a monté ses turbines d’abord, et engagé la procédure ensuite. Pour contourner les règles, SpaceXAI les a qualifiées de « temporaires ». Puis elle s’est engagée à les remplacer par des équipements permanents aux normes. Mais l’accord, négocié en secret, lui laisse jusqu’en juillet 2027 pour s’exécuter. L’organisation Earthjustice, qui représente la NAACP, a porté plainte. Le ministère de la Justice a même demandé le rejet de cette plainte, au nom de la sécurité nationale. Pendant ce temps, un troisième centre est déjà installé dans un entrepôt reconverti, et un quatrième est en construction. Personne ne sait comment ils seront alimentés. Les habitants, eux, espèrent rééditer leur victoire de 2021, quand ils ont fait annuler un pipeline prévu dans Boxtown. Cette fois encore, ils comptent bien se faire entendre.

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