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La Gironde dit oui à la plus grande ferme de saumons de France, et la colère monte

L’État vient d’autoriser une usine géante de saumons au bord de l’estuaire de la Gironde. Elle doit produire 10 000 tonnes par an, un record national…

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La Gironde dit oui à la plus grande ferme de saumons de France, et la colère monte

L’État vient d’autoriser une usine géante de saumons au bord de l’estuaire de la Gironde. Elle doit produire 10 000 tonnes par an, un record national, mais les opposants dénoncent un projet trop risqué pour la nature.

Le feu vert est tombé malgré des mois de contestation. Une immense ferme de saumons va voir le jour au Verdon-sur-Mer, sur une friche industrielle de 14 hectares. Le projet, porté par Pure Salmon avec un financement venu de Singapour, représente un investissement de 280 millions d’euros. La préfète de Gironde, Sophie Brocas, assume ce choix. Elle met en avant la création de 250 emplois directs et la reconversion d’un site abandonné à la pointe du Médoc. Surtout, elle rappelle un chiffre qui interpelle. Aujourd’hui, la France importe 99 % du saumon qu’elle consomme. Produire 10 000 tonnes sur le sol national, ce serait une petite révolution pour la filière.

Mais l’échelle du projet soulève beaucoup d’interrogations. L’aquaculture marine française ne pesait que 5 807 tonnes en 2024, toutes espèces confondues, selon l’Ifremer. Cette ferme girondine, à elle seule, produirait presque le double. Elle est présentée comme la plus importante de l’Union européenne, même si l’entreprise précise que des sites norvégiens atteignent déjà 12 000 tonnes par an. La technique retenue est celle des circuits fermés, avec un système de recirculation de l’eau appelé RAS. D’après la préfecture, c’est la méthode la plus vertueuse pour limiter la consommation d’eau. Pourtant, des scientifiques restent prudents. Si le principe est connu, un site de cette taille représente un saut dans l’inconnu. Peu de références existent dans le monde pour des installations aussi vastes. L’Ifremer l’avait signalé dès le mois de mars.

Les opposants, eux, ne décolèrent pas. En janvier, plusieurs centaines de manifestants s’étaient réunis sur le lieu prévu pour l’usine. L’enquête publique avait recueilli plus de 20 000 contributions, et la quasi-totalité était défavorable. Malgré tout, la commission d’enquête a donné un avis positif en mars, suivie par les autorités sanitaires et environnementales locales. Une proposition de loi déposée par des députés demande un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines, mais elle n’a jamais été examinée à l’Assemblée. Vingt-sept ONG ont également signé un appel pour dénoncer un projet démesuré. Elles craignent que les rejets de boues ne fragilisent l’écosystème de l’estuaire, le plus vaste et le plus sauvage d’Europe. La pêche locale et la conchyliculture pourraient en pâtir.

Le projet divise même au sein du gouvernement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’y est opposée à titre personnel lors d’une audition au Sénat. Son collègue de l’Industrie, Sébastien Martin, a au contraire apporté son soutien lors d’un déplacement en Gironde. Pure Salmon, de son côté, assure que sa technologie est éprouvée et que l’impact sur la biodiversité sera contrôlé. Elle promet aussi une alimentation responsable et traçable pour les poissons. Le débat dépasse la Gironde. À Boulogne-sur-Mer, un projet similaire est autorisé depuis 2024 mais se heurte à des recours administratifs. Plus à l’ouest, un autre investisseur norvégien a renoncé à s’installer près de Guingamp face à la mobilisation locale. Cette fois, l’État a choisi d’avancer. Reste à savoir si la réalité suivra les promesses.

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