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Des millions de pins calcinés à abattre d’urgence en Gironde
Le mégafeu a laissé derrière lui un immense cimetière de bois mort dans le massif des Landes. Les forestiers doivent agir vite pour éviter les chutes…


Le mégafeu a laissé derrière lui un immense cimetière de bois mort dans le massif des Landes. Les forestiers doivent agir vite pour éviter les chutes d’arbres et les invasions d’insectes ravageurs.
Le gigantesque incendie qui a ravagé 42.000 hectares en Gironde n’a pas fini de faire parler de lui. Sur les zones calcinées, les forestiers estiment qu’il faut extraire entre 4 et 5 millions de tonnes de bois. C’est un volume énorme, à peine inférieur à ce que l’industrie locale consomme en une année. L’abattage commence sans attendre.
Pourquoi une telle course contre la montre ? D’abord parce que des pins affaiblis menacent de s’effondrer sur les routes et les habitations. Ensuite parce que l’écorce brûlée attire le scolyte sténographe, un petit coléoptère qui creuse les troncs et tue les arbres. Un autre ravageur inquiète aussi, le nématode du pin, déjà détecté dans les Landes voisines. La consigne est simple, tout ce qui peut tomber doit être coupé, et les stocks évacués pour ne pas nourrir ces parasites. Ni alimenter un nouveau feu.
L’enjeu ne se limite pas à la sécurité. Le massif des Landes de Gascogne couvre 1,2 million d’hectares, soit 17% de la forêt française. Le bois y représente la troisième industrie régionale, avec environ 60.000 emplois et 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les entreprises sylvicoles sont à l’arrêt, certaines passent en chômage partiel. Et tout ce qui est coupé ne sera pas forcément exploitable. Un pin encore intact peut être réutilisé en scierie ou en papeterie, mais un tronc trop brûlé devient très difficile à valoriser.
Cet incendie relance aussi un vieux débat sur l’avenir du massif. Les forestiers savent qu’il faudra élargir les pistes, multiplier les pare-feu et peut-être changer d’essences. Le président d’une association de défense des forêts évalue la facture à plusieurs millions d’euros et réclame des aides. Il préfère couper 2.000 hectares de pins volontairement plutôt que voir 40.000 hectares partir en fumée. Mais 92% du massif appartient à des propriétaires privés, et tout le monde n’est pas prêt à sacrifier une partie de son bois.
La question du pin maritime divise. Le massif est composé à 80% de pins maritimes, une monoculture jugée plus inflammable que les feuillus. Certains chercheurs rappellent que le vrai problème, c’est la sécheresse et un sol sableux qui ne retient pas l’eau. D’autres estiment que la culture intensive, plus que l’arbre lui-même, doit être repensée. Une certitude, le pin est chez lui dans cette terre pauvre, et remplacer toute la forêt par des feuillus n’aurait aucun sens pour les professionnels du secteur.
Enfin, il y a la question de ce qu’on replante. La visite du président a relancé l’idée d’une forêt différente face au changement climatique. La préfète demande aux professionnels de réfléchir d’ici septembre à la manière de vivre avec une forêt à +4°C. Certains chercheurs vont plus loin et osent dire qu’il ne faut pas replanter partout. Autour des villages, notamment, reconstituer des pins serait une folie. Le temps presse, mais la réflexion, elle, devra être sérieuse et longue.
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