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Ils veulent rentrer chez eux mais leurs maisons sont occupées par d’autres déplacés

Depuis sept ans, Ahmad Oussi vit dans un camp de fortune en Syrie, à 70 kilomètres de sa ville natale. Comme des milliers de Kurdes chassés par…

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Ils veulent rentrer chez eux mais leurs maisons sont occupées par d’autres déplacés

Depuis sept ans, Ahmad Oussi vit dans un camp de fortune en Syrie, à 70 kilomètres de sa ville natale. Comme des milliers de Kurdes chassés par l’offensive turque de 2019, il attend un retour que rien ne garantit.

Dans le camp poussiéreux d’al-Talaeh, sous contrôle kurde, la vie s’organise autour de tentes et de camions-citernes. Des femmes cuisinent à l’abri du soleil, d’autres vendent de l’essence dans des bouteilles en plastique. Ici, 17 000 personnes partagent le même rêve : rentrer à Ras al‑Aïn, leur ville située à la frontière turque. Mais ce retour bute sur un obstacle concret. Des combattants proturques et leurs familles, eux aussi déplacés d’autres régions, se sont installés dans les maisons abandonnées. « Ils nous disent qu’on ne peut pas revenir », raconte Ahmad Oussi, 26 ans. Un responsable local anonyme confirme que des membres des factions proturques occupent des logements, mais assurent que certains les ont quittés dès que les propriétaires se sont adressés aux autorités. « Des dizaines de familles sont revenues, certaines sous protection gouvernementale », précise‑t‑il. Malgré ces retours épars, la méfiance reste grande.

L’accord signé en janvier entre les Kurdes syriens et le pouvoir central devait ouvrir la voie à la réunification du pays. Il prévoit l’intégration des institutions militaires et civiles kurdes dans l’État, enterrant les espoirs d’autonomie. Mais le sort des déplacés reste une pomme de discorde. Abdel Karim Omar, représentant de l’administration kurde à Damas, le confirme : « Ce dossier est l’une des principales questions en suspens. » Les nouvelles autorités, arrivées après le renversement de Bachar al‑Assad en décembre 2024, cherchent à stabiliser la Syrie, où 5,5 millions de personnes n’ont toujours pas regagné leur foyer selon l’ONU. Pourtant, la région de Ras al‑Aïn reste sous influence turque, avec au moins trois positions militaires turques maintenues dans le secteur. Les équipes de déminage ont commencé à travailler, mais les obstacles sont nombreux. Beaucoup de Kurdes redoutent aussi des actes de vengeance s’ils reviennent, car ils sont perçus comme liés aux Forces démocratiques syriennes.

Dans le camp, les journées s’écoulent dans l’attente et l’incertitude. Kubar Qader, mère de sept enfants, fouille un étal de vêtements en soupirant : « On nous dit sans cesse que nous rentrerons cette semaine ou la semaine prochaine… Nous ne savons même pas si nous pourrons un jour rentrer chez nous. » Fatna Abdel‑Qader, 65 ans, partage une tente avec son mari et sept petits‑enfants. Elle pleure en évoquant sa vie d’avant. « Ma terre me manque, c’est là‑bas que je souhaite mourir », confie‑t‑elle. Comme elle, des milliers de déplacés kurdes attendent une porte de sortie, coincés entre la peur, l’occupation de leurs maisons et les promesses qui tardent à se concrétiser.

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