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Cuba emprunte la voie chinoise mais ses citoyens craignent la dérive oligarchique
Le gouvernement cubain vient de dévoiler un plan de réformes économiques radical, inspiré de la Chine et du Vietnam. Mais sur l’île, la peur d’un…


Le gouvernement cubain vient de dévoiler un plan de réformes économiques radical, inspiré de la Chine et du Vietnam. Mais sur l’île, la peur d’un capitalisme de copinage à la russe grandit.
C’est un virage historique. Après près de sept décennies d’économie socialiste centralisée, Cuba a annoncé un train de 176 mesures qui ouvrent grand la porte au privé. Les entreprises d’État pourront être transformées en sociétés ouvertes aux investisseurs privés. Les banques privées et les promoteurs touristiques sont autorisés. Le président Miguel Díaz-Canel justifie ce tournant en disant vouloir “préserver” le socialisme, et il cite en modèle deux alliés de poids, la Chine et le Vietnam. Mais derrière l’affichage, nombre d’économistes et de citoyens s’inquiètent.
Le principal risque, c’est que les réformes profitent surtout à une élite déjà bien placée dans l’appareil communiste. L’économiste Pedro Monreal met en garde contre une vente précipitée des actifs publics sans garanties solides. Il parle d’un “capitalisme de copinage” comparable à la transition russe dans les années 1990, lorsque les anciens responsables du Parti ont raflé les entreprises d’État à bas prix. Ricardo Torres, chercheur à l’American University, rappelle qu’il n’existe à Cuba aucun organisme de contrôle indépendant, aucune obligation de mise en concurrence. Le Parti communiste reste le seul maître à bord. Sans garde-fous, la libéralisation pourrait donc créer une oligarchie plutôt qu’une vraie économie de marché.
Les Cubains, eux, regardent ce virage avec un mélange d’espoir et de méfiance. Beaucoup estiment que ces réformes arrivent trop tard. Alexeï, 52 ans, gardien d’école, se souvient de la visite de Mikhaïl Gorbatchev en 1989. Le dirigeant soviétique prônait alors sa perestroïka face à Fidel Castro sceptique. Pour Alexeï, le meilleur moment pour libéraliser était dans les années 1990. Santiago, 59 ans, ingénieur formé en URSS, juge nécessaire de privatiser parce que l’État ne peut même pas réparer un téléviseur. Mais il craint que les plus vulnérables soient abandonnés en chemin. La Chine et le Vietnam ont avancé graduellement, en commençant par l’agriculture et en créant des zones économiques spéciales. À Cuba, le choc est brutal, l’économie est exsangue et le blocus américain asphyxie le pays. Le calendrier est pire que tout.
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