Politique
Ceuta, l’étrange laisser-aller du Maroc à la frontière
Des milliers de migrants ont franchi sans violence l’enclave espagnole. Rabat, soupçonné d’avoir desserré les contrôles, se retrouve au centre des…


Des milliers de migrants ont franchi sans violence l’enclave espagnole. Rabat, soupçonné d’avoir desserré les contrôles, se retrouve au centre des accusations.
Récemment, des milliers de personnes ont passé la frontière de Ceuta sans rencontrer une opposition sérieuse. Des migrants refoulés racontent que les deux routes menant à Fnideq, la localité marocaine voisine de 77 000 habitants, n’étaient pas protégées par des barrages supplémentaires. Une source proche des opérations sécuritaires parle de simples contrôles de gendarmerie, rien qui ressemble à un dispositif capable de gérer un tel afflux. La police marocaine est pourtant réputée pour sa discipline et son efficacité. Si elle avait voulu stopper ces jeunes, elle aurait pu bloquer les routes. Ce constat, partagé par plusieurs experts, nourrit un soupçon impossible à dissiper. Certaines vidéos, non authentifiées, montreraient même des forces de l’ordre passives devant des camions remplis de migrants.
Le Maroc, lui, dément tout relâchement au poste-frontière. Dès le début de l’épisode, le ministère de l’Intérieur a évoqué une manipulation sur les réseaux sociaux et des informations trompeuses qui auraient poussé des dizaines de milliers de personnes à se déplacer. Mais aucun commentaire n’est venu du Palais royal, alors même que ces événements coïncidaient avec la Fête du Trône, une période où le pouvoir aime montrer la stabilité du royaume. Cette absence de communication en dit long pour ceux qui connaissent les rouages du pays. Et personne n’a produit la moindre preuve d’une décision venue du sommet de l’État, ce qui laisse planer le doute.
Alors, quelle lecture donner de cet événement ? Pour beaucoup d’analystes, Rabat a voulu adresser un avertissement à l’Espagne de Pedro Sánchez. Le dossier du Sahara occidental reste central. Madrid, en se rapprochant d’Alger, a sans doute attisé la colère marocaine. Et Ceuta, possession espagnole depuis 1640, constitue un point de pression idéal. En 2021 déjà, une manœuvre similaire avait été dénoncée, avant que l’Espagne ne change radicalement de position sur le Sahara. Cette fois, le contexte international change la donne. Israël et les États-Unis, alliés de Rabat, poussent à une ligne dure contre l’Espagne, accusée d’être trop pro-palestinienne. L’ambassadeur israélien à l’ONU a même attaqué Madrid sur ses prétendues enclaves coloniales. Donald Trump, de son côté, a lancé une pique cinglante. Le but pourrait être de semer la division en Europe et de rappeler à l’Union européenne que le Maroc reste un gardien incontournable de ses frontières.
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