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Ces pneus géants que les Chinois n’ont pas encore

Michelin mise tout sur un marché de niche hyper rentable. Mais l’avance technologique face aux concurrents chinois se compte en années, pas en décennies.

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Ces pneus géants que les Chinois n'ont pas encore

Michelin mise tout sur un marché de niche hyper rentable. Mais l’avance technologique face aux concurrents chinois se compte en années, pas en décennies.

Au cœur du désert espagnol, Michelin teste ses plus grands secrets. Des pneus de quatre mètres de diamètre, capables de supporter cent tonnes chacun. Ce sont les stars discrètes du centre d’Almería, un site ultra-sécurisé où le fabricant français éprouve ses innovations les plus stratégiques. Pour la première fois en vingt ans, le groupe a ouvert ses portes à la presse. En jeu, une branche d’activité qui pèse déjà 17% du chiffre d’affaires et affiche des marges bien supérieures à celles des pneus classiques pour voitures ou camions. Alexis Garcin, le directeur de cette division, le dit sans détour : Michelin a cinq ou six ans d’avance sur les usines chinoises. Mais à l’échelle des ambitions de Pékin, c’est peu. Ces secteurs figurent dans le plan quinquennal chinois. Alors il faut courir.

Dans ce laboratoire à ciel ouvert, les machines ne s’arrêtent jamais. Des moissonneuses-batteuses foncent dans des fossés de boue. Des bulldozers grimpent des pentes à trente-cinq degrés. Des camions autonomes tournent en rond pendant des heures sans conducteur. Mais les vedettes, ce sont les pneus de soixante-trois pouces. Chacun pèse cinq tonnes et coûte environ cinquante mille euros. Ils équipent les dumpers de Caterpillar, ces camions-bennes hauts de huit mètres qui transportent du minerai. Une seule roue doit encaisser plus de cent tonnes. Si le pneu lâche, toute l’activité minière s’arrête. Michelin le sait et multiplie les tests d’endurance, de température, d’usure. Dans l’atelier, des employés découpent les pneus au couteau, couche par couche, pour traquer la moindre anomalie. Certains portent des exosquelettes pour protéger leurs poignets.

Derrière cette démonstration technique, il y a un marché en pleine explosion. Les mines du monde entier ont besoin de toujours plus de minerais. L’agriculture aussi, avec des engins toujours plus lourds. Et la défense, avec des avions comme le Rafale ou le F-35 américain, qui roulent déjà sur des pneus Michelin. Le secteur militaire représente deux à trois pour cent du chiffre d’affaires. Le PDG Florent Menegaux annonce la couleur : ces activités vont continuer de croître. Pour tenir le rythme, le groupe investit dans ses usines à Bourges, au Puy, à Troyes ou à Montceau-les-Mines. Pas question de laisser les Chinois rattraper leur retard.

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