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Au Pérou le duel Fujimori Sanchez ravive les fractures politiques
Les Péruviens élisent dimanche leur neuvième président en dix ans. Entre la candidate de droite fille d’un ex-dictateur et le candidat de gauche porté par…


Les Péruviens élisent dimanche leur neuvième président en dix ans. Entre la candidate de droite fille d’un ex-dictateur et le candidat de gauche porté par les régions délaissées, le scrutin s’annonce très serré.
Ce dimanche, les Péruviens votent pour départager Keiko Fujimori et Roberto Sanchez. Deux candidats que tout oppose, mais qui ont un point commun. Aucun n’a réussi à séduire une majorité d’électeurs au premier tour. Ensemble, ils ont récolté moins de 30% des voix. Dans les rues de Lima, la lassitude domine. « Nous avons un candidat Sanchez, qui ne nous garantit rien, et Keiko, qui traîne un lourd passé », confie Carlos Altamirano, ingénieur de 49 ans, après avoir glissé son bulletin dans l’urne d’un quartier populaire. Un sentiment partagé par beaucoup. « Nous avons dû choisir le moindre mal. L’histoire se répète. Nous sommes dans une crise qui dure depuis plus d’une décennie », ajoute Renzo Masa, étudiant de 23 ans.
Keiko Fujimori, 51 ans, tente sa chance pour la quatrième fois consécutive. Elle revendique l’héritage de son père, Alberto Fujimori, qui a gouverné le pays d’une main de fer dans les années 1990. Un bilan contrasté. D’un côté, une économie stabilisée et la fin des guérillas. De l’autre, une condamnation pour corruption et crimes contre l’humanité. Face à elle, Roberto Sanchez, 57 ans, ancien ministre et candidat pour la première fois. Il mise sur les régions andines, qui se sentent oubliées par le pouvoir central de Lima. Mais lui aussi traîne des casseroles. Un juge l’a récemment renvoyé devant la justice pour des soupçons d’irrégularités financières dans son parti. L’analyste David Sulmont prévient. « L’antifujimorisme reste fort, même s’il s’est affaibli, et Sanchez demeure largement méconnu. Si l’écart est très serré, le vainqueur risque de voir sa légitimité contestée, ce qui pourrait alimenter davantage l’instabilité. »
L’insécurité est l’autre urgence des électeurs. Près de 70% des Péruviens veulent que le futur président en fasse sa priorité. Les chiffres donnent le tournis. Lima a enregistré 23 homicides pour 100.000 habitants en 2025, trois fois plus qu’il y a cinq ans. Les chauffeurs de bus sont particulièrement visés. Au moins 75 ont été assassinés cette année, surtout dans la capitale. « Un passager monte et il peut te tirer dessus par derrière », raconte Jacob Condor, chauffeur de 33 ans. Keiko Fujimori promet de déployer l’armée aux côtés de la police, de démanteler les réseaux d’extorsion et d’expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits. Elle se pose en candidate du progrès face au danger du « communisme ». Roberto Sanchez, lui, mise sur une autre stratégie. Il veut restaurer la confiance dans les institutions, renforcer la justice et réformer la police. Coiffé du chapeau paysan offert par l’ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l’héritage, il promet de gracier ce dernier s’il l’emporte. Près de 27 millions de Péruviens sont appelés aux urnes, avec un vote obligatoire. Le nouveau président prendra ses fonctions le 28 juillet. Mais quel que soit le vainqueur, il héritera d’un pays épuisé par une crise politique qui dure depuis plus de dix ans.
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