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À Hanoï, des familles défendent leurs quartiers face à un méga-projet qui veut tout raser
Ils prient, portent des t-shirts discrets et accrochent des banderoles aux mots pesés. Mais leur combat est clair : ne pas laisser des centaines de…


Ils prient, portent des t-shirts discrets et accrochent des banderoles aux mots pesés. Mais leur combat est clair : ne pas laisser des centaines de milliers d’habitants être chassés de chez eux pour des immeubles de luxe.
Dans les ruelles de Hanoï, une opposition rare prend forme. Des veillées organisées en secret dans un temple bouddhiste, des banderoles retirées sur ordre de la mairie, des promeneuses en t-shirts assortis qui défilent au bord du lac… Les habitants de la capitale vietnamienne trouvent des moyens discrets mais bien réels de dire non à un gigantesque projet de réaménagement. Le plan, approuvé il y a un mois, prévoit de raser des milliers de maisons le long du fleuve Rouge pour construire des ponts, des parcs et des logements haut de gamme. Une zone grande comme Paris, 110 kilomètres carrés, où vivent environ 250 000 personnes. Toutes devraient être relogées en périphérie.
“On vit dans la peur, sans savoir quand on sera expulsés. On veut que notre voix soit entendue”, raconte Hoa, une habitante qui a mis toutes ses économies dans sa maison de deux étages entourée d’arbres fruitiers. Comme des centaines d’autres, elle participe à des veillées anonymes organisées via les réseaux sociaux. Officiellement, il s’agit de prier pour la paix. Mais derrière la ferveur religieuse, c’est bien un appel à épargner leurs foyers. Dans le quartier, des communautés vieilles de plusieurs siècles cohabitent avec des marchés animés, des jardins verdoyants et des cimetières traditionnels. Des villas de style français et les fameuses “maisons-tubes” typiques de Hanoï sont menacées.
Le projet, estimé à 30 milliards de dollars, est porté par un consortium de trois promoteurs immobiliers dans le cadre d’un partenariat public-privé. Les autorités promettent des logements neufs en périphérie et des indemnisations. Mais beaucoup de familles déjà déplacées lors de précédentes rénovations urbaines dénoncent des compensations bien trop faibles, souvent inférieures au prix du marché. Duc, un résident, avait accroché une banderole sur son balcon avec un message volontairement modéré : “Nous exhortons les autorités à prendre en compte l’aspiration des habitants à maintenir les communautés existantes”. Il a dû la retirer sur ordre de la municipalité. “C’est injuste, c’est beaucoup d’argent gaspillé. On ne veut vraiment pas déménager”, lâche-t-il. Tuong Vu, spécialiste du Vietnam à l’université de l’Oregon, analyse cette contestation inédite : “Les habitants expriment clairement leur désaccord face à la perte de leurs terres. De meilleures compensations auraient pu calmer les esprits, mais cela signifierait moins de profits pour les promoteurs.”
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