Monde
Hanoï se rebelle discrètement contre des démolitions massives
Au Vietnam, un vaste projet d’aménagement va raser des milliers de maisons et déplacer près de 250 000 personnes. Pour la première fois, les habitants…


Au Vietnam, un vaste projet d’aménagement va raser des milliers de maisons et déplacer près de 250 000 personnes. Pour la première fois, les habitants osent une opposition publique, prudente mais déterminée.
Le long du fleuve Rouge, une zone grande comme Paris est promise à une transformation radicale. Le gouvernement veut y construire des parcs, des ponts et des immeubles de luxe. Le prix à payer est lourd. Des dizaines de milliers de maisons, dont certaines vieilles de plusieurs siècles, vont disparaître. Des communautés entières, avec leurs marchés animés, leurs jardins verdoyants et leurs cimetières, sont menacées. Les habitants, eux, sont priés de partir. Les autorités promettent de les reloger en périphérie, dans 85 000 nouveaux logements. Mais beaucoup ne veulent pas quitter leur quartier, leur histoire, leur vie.
Alors, une forme de résistance silencieuse s’organise. Dans les rues, des banderoles apparaissent sur les balcons, avec des mots choisis avec soin. « Nous exhortons les autorités à prendre en compte l’aspiration des habitants à maintenir les communautés existantes », peut-on lire sur l’une d’elles. Les formulations sont volontairement prudentes. Pas de mots comme « protester » ou « contre ». Pourtant, la municipalité a déjà demandé le retrait de ces banderoles. Ailleurs, des veillées sont organisées dans des temples bouddhistes, via les réseaux sociaux. Officiellement, on prie pour la paix. En réalité, on supplie que les maisons soient épargnées. Des femmes portent des t-shirts aux couleurs du drapeau vietnamien, avec un message imprimé dans le dos pour sauvegarder leur zone résidentielle. Elles disent faire de l’exercice, mais le message est clair.
Derrière cette contestation, il y a une colère profonde. Les habitants dénoncent l’injustice du projet. Beaucoup ont investi toutes leurs économies dans leur maison. Ils craignent des indemnisations trop faibles, bien en dessous du prix du marché. Les expériences passées de rénovation urbaine à Hanoï leur donnent raison. Et ils s’interrogent sur les vrais bénéficiaires de l’opération. Le méga-projet, estimé à 30 milliards de dollars, est mené par un consortium de promoteurs immobiliers privés dans le cadre d’un partenariat public-privé. Les logements haut de gamme qui remplaceront les leurs seront vendus à des prix inaccessibles. Comme le résume un spécialiste, verser de meilleures compensations aurait pu calmer les esprits, mais cela aurait réduit les profits des promoteurs. En attendant, les habitants vivent dans la peur, sans savoir quand leur tour viendra.
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