Politique
Xenia Fedorova, la chroniqueuse pro-russe qui défie la République
Accusée de servir la propagande du Kremlin, une ancienne patronne de RT France fait l’objet d’un arrêté d’expulsion. Mais ses employeurs, dans l’orbite de…


Accusée de servir la propagande du Kremlin, une ancienne patronne de RT France fait l’objet d’un arrêté d’expulsion. Mais ses employeurs, dans l’orbite de Vincent Bolloré, la défendent en agitant le drapeau de la liberté d’expression.
Xenia Fedorova, 45 ans, doit quitter la France. L’État est formel. Son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux du pays. Elle représenterait une menace grave pour l’ordre public. L’arrêté ministériel d’expulsion a déjà été remis à cette femme d’origine russe. Son avocat a annoncé un recours immédiat. Depuis des mois, elle est au cœur d’une polémique qui dépasse sa simple personne. Certains voient en elle une simple chroniqueuse. D’autres, une propagandiste au service de Moscou.
Son parcours intrigue. Ancienne directrice de RT France, la chaîne d’État russe interdite dans l’Union européenne depuis l’invasion de l’Ukraine, elle est aujourd’hui salariée de médias tricolores. Elle intervient sur CNews, Europe 1 et le JDNews. Trois médias contrôlés par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré. En plateau, elle tient un discours constant. La guerre en Ukraine serait prolongée par l’Occident. L’Europe serait tentée d’entrer en guerre contre la Russie. Une source qui la côtoie la décrit comme une machine à répéter les mêmes arguments. Elle rendrait tout le monde paranoïaque. Certains de ses collègues auraient même été évincés après lui avoir déplu. Pourtant, ses employeurs directs font bloc. En mai dernier, les patrons de Canal+ ont signé une tribune pour la défendre. Leur argument principal est la liberté d’expression et le pluralisme des opinions.
Son cas cristallise un vrai dilemme. Jusqu’où la liberté d’expression peut-elle protéger des discours jugés contraires aux intérêts de l’État ? Le gouvernement français et Emmanuel Macron la considèrent comme une propagandiste. Des eurodéputés ont demandé des sanctions. Le Premier ministre lui-même a distingué la propagande de l’ingérence dans ses prises de parole. Mais la ligne rouge reste claire. Ne pas porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Xenia Fedorova, elle, jure n’avoir jamais reçu de directives du Kremlin. Dans un livre publié chez Fayard, une maison d’édition du groupe Bolloré, elle raconte son parcours de Moscou à Paris. Elle dit avoir choisi le journalisme pour avoir un impact. Elle affirme avoir été blessée par la manière dont l’Occident décrivait la Russie. Aujourd’hui, elle se retrouve au centre d’une guerre des récits. D’un côté, la défense de la pluralité des voix. De l’autre, la protection de la souveraineté nationale. L’affaire Fedorova n’est pas près de s’éteindre.
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