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Vidée de ses prisonniers, la prison symbole de torture laisse les familles dans l’angoisse
Des détenus politiques ont été transférés de l’Hélicoïde sans aucun avertissement. Leurs proches réclament des comptes face à un silence assourdissant des…
Des détenus politiques ont été transférés de l’Hélicoïde sans aucun avertissement. Leurs proches réclament des comptes face à un silence assourdissant des autorités.
La nouvelle est tombée brutalement. Mercredi, sans prévenir personne, les autorités ont vidé la prison de l’Hélicoïde, ce bâtiment tristement célèbre de Caracas devenu un symbole de la torture et de la détention politique au Venezuela. Des dizaines de familles qui s’étaient rassemblées devant les grilles ont vu leurs proches monter dans des véhicules sans savoir où ils étaient emmenés. Pour beaucoup, l’angoisse a duré des heures, jusqu’à ce que les prisonniers eux-mêmes, une fois arrivés dans leurs nouvelles cellules, appellent leurs parents. Mais le soulagement est teinté de colère. « Où partent-ils et pourquoi ? », a lancé Jean Carlos Cariel, dont le frère est toujours derrière les barreaux.
L’opacité totale de l’opération nourrit la méfiance. Andreina Baduel, militante et fille d’un célèbre général mort en prison, assure que l’Hélicoïde est désormais « totalement vide ». Des sources internes et le réseau de solidarité entre familles confirment qu’il ne reste plus un seul détenu, qu’il soit politique ou de droit commun. Un agent de surveillance a même glissé à une journaliste qu’il n’y avait « plus personne » à l’intérieur. Pourtant, aucune déclaration officielle n’a accompagné ces transferts. L’Observatoire vénézuélien des prisons exige que les autorités indiquent immédiatement où se trouvent les personnes déplacées. Les familles, elles, redoutent d’être envoyées dans des établissements éloignés, où les visites deviendraient impossibles.
Ce départ massif s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis que l’armée américaine a capturé Nicolas Maduro en janvier, le gouvernement intérimaire dirigé par Delcy Rodriguez a promis des réformes. La fermeture de l’Hélicoïde avait été ordonnée il y a plusieurs mois, mais rien ne s’était passé jusqu’à présent. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a même salué une prison « fermée » alors que des détenus s’y trouvaient encore. Aujourd’hui, des milliers de prisonniers politiques ont été libérés (1 280 selon les chiffres officiels, 800 selon l’ONG Foro Penal qui en compte encore 404). Mais les critiques fusent. Pour l’ancien député Renzo Prieto, qui a passé quatre ans dans l’Hélicoïde, fermer un seul centre ne suffit pas. « Il faut que l’État change sa politique répressive, sinon ce n’est que du show », dit-il. Les défenseurs des droits humains réclament la transformation du lieu en « centre de mémoire », mais ils doutent que le gouvernement actuel accepte d’exposer l’horreur qui s’y est déroulée.
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