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Un opposant azerbaïdjanais vit sous protection policière après avoir survécu à une tentative d’assassinat à Nantes

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Le blogueur Mahammad Mirzali, réfugié politique en France, attend le procès de ses agresseurs présumés tout en continuant à dénoncer le régime de Bakou depuis son exil.

Mahammad Mirzali, blogueur azerbaïdjanais de 32 ans et opposant déclaré au régime du président Ilham Aliev, mène une existence placée sous haute protection. Victime d’une tentative d’assassinat en plein jour à Nantes en mars 2021, il doit comparaître mardi devant la justice pour le procès de neuf individus soupçonnés d’avoir participé à cette agression ou d’en être les complices. Son quotidien, rythmé par la peur et la surveillance, ne lui laisse aucun répit.

Cet homme à la silhouette fine, aux cheveux courts et à la barbe naissante, porte sur son corps les stigmates de son engagement. Une cicatrice profonde, située derrière la nuque, témoigne de l’attaque au cours de laquelle il a reçu une quinzaine de coups de couteau. Opéré pendant plus de six heures, il confie avoir cru mourir ce jour-là. Né le 5 février 1994 à Goychay, une ville de l’ouest de l’Azerbaïdjan, il a grandi dans un foyer où son père, électricien de métier, manifestait ouvertement son opposition au pouvoir en place.

Empêché de s’inscrire à l’université en raison, selon lui, de la corruption qui gangrène le système, il effectue son service militaire pendant dix-huit mois. Il affirme y avoir subi de multiples sévices en raison de ses opinions politiques. En 2015, alors qu’il travaille dans un garage, il lance le blog « Made in Azerbaijan » sur Facebook pour dénoncer les atteintes à la démocratie et les violations des droits humains. Face aux menaces et aux violences, il choisit l’exil et obtient le statut de réfugié politique en France à l’âge de 22 ans.

Après avoir séjourné à Paris, Laval et Perpignan, il s’installe à Nantes où il exerce comme livreur pour un restaurant. Une première agression survient en octobre 2020, lorsqu’un homme au visage dissimulé lui tire une balle dans l’épaule alors qu’il se trouve dans sa voiture. Cinq mois plus tard, l’attaque au couteau manque de lui coûter la vie.

Sous traitement antidépresseur, Mahammad Mirzali vit aujourd’hui reclus, changeant régulièrement de domicile et ne sortant qu’accompagné d’une escorte policière. « C’est comme si je suis en prison. Je n’ai pas d’amis, pas de copines, il n’y a rien », confie-t-il d’une voix lasse. Il dit souffrir de stress chronique, de troubles du sommeil et de l’alimentation, tout en continuant à recevoir des menaces de mort sur les réseaux sociaux.

Malgré ces épreuves, il persiste à animer ses blogs et à critiquer le régime du président Aliev, au pouvoir depuis 2003. Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters sans frontières, salue son courage. « Il continue de parler malgré plusieurs tentatives d’assassinat, des menaces constantes et une vie sous protection. Cela exige un courage exceptionnel », souligne-t-elle, tout en déplorant qu’un journaliste exilé doive choisir entre le silence et la clandestinité pour survivre.

Son avocat, Me Henri Carpentier, estime que son client sait pertinemment que ce procès ne mettra pas un terme à ses craintes. « Il a la certitude que les menaces ne vont pas cesser avec le procès », explique-t-il. Alors que l’audience se tiendra dans la salle d’assises du Parlement de Bretagne, à Rennes, Mahammad Mirzali attend un verdict prévu pour le 12 juin. Mais il sait déjà que sa vie recluse se poursuivra. Dans un français encore hésitant, il lâche d’une voix glaçante : « Ma vie, elle est morte. »

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