Monde
Un calice de paix pour le pape, coulé dans le métal des Malouines
Un orfèvre argentin de 83 ans s’apprête à offrir au pape Léon XIV un calice dans lequel dorment des fragments de la guerre des Malouines. Une pièce…

Un orfèvre argentin de 83 ans s’apprête à offrir au pape Léon XIV un calice dans lequel dorment des fragments de la guerre des Malouines. Une pièce travaillée pendant près d’un an, que l’artisan dit avoir façonnée avec la main d’un million de ses compatriotes.
Juan Carlos Pallarols met les dernières touches à l’objet. Depuis près d’un an, il y consacre ses journées, et il veut croire qu’il pourra le remettre personnellement au pape Léon XIV, attendu en Argentine du 8 au 11 novembre. Si l’occasion ne se présente pas, il prendra la direction du Vatican.
Dans son atelier du centre de Buenos Aires, le bruit ne faiblit jamais et l’odeur de métal pique le nez. Des marteaux, des pinces et des burins s’y entassent en désordre. C’est là que l’homme travaille, fidèle à une lignée familiale d’origine catalane qui façonne des pièces précieuses depuis plus de trois siècles et s’est implantée en Argentine en 1910. Selon lui, cette transmission remonte loin, avec un calice réalisé pour chaque pape depuis un siècle et demi, en partant de Pie IX.
L’artisan ne voulait pas d’une œuvre solitaire. Il a donc parcouru le pays avec le calice, invitant les gens à y porter une marque, un coup de burin symbolique. Un compteur tient le décompte de ces gestes, et il parle d’un million de participants. Une manière de transformer un objet de culte en souvenir collectif.
Côté matière, la silhouette élancée est en argent, la base baigne dans l’or, et la structure intérieure est en bronze. C’est justement là qu’ont été fondus, de façon symbolique, des fragments de matériel militaire. Des vétérans ont confié un petit bracelet, une bague, coulés avec l’argent de la partie extérieure. Les douilles de balles, elles, ont nourri l’intérieur. Le conflit de 1982 entre l’Argentine et le Royaume-Uni pour la souveraineté du petit archipel de l’Atlantique Sud a fait 649 morts argentins et 255 britanniques, et laissé dans le pays une empreinte amère et tenace. Recycler un métal de violence pour lui donner une vocation de paix et de spiritualité, c’est précisément ce qui le séduit.
Sa notoriété dépasse largement les frontières argentines. Il a travaillé pour des familles royales européennes, pour des stars d’Hollywood et pour Lionel Messi. En 2023, pourtant, il a refusé une commande du nouveau président Javier Milei, qui réclamait le traditionnel sceptre présidentiel orné de l’effigie de ses chiens. La commande est allée à un concurrent. Lui reste accroché à la tradition familiale, un pape, un calice.
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