Politique
Quand les attaques contre La France insoumise la font grandir
Accusée d’avoir attisé les violences après les pillages du 17 octobre, La France insoumise ressort pourtant consolidée de la séquence. Le parti de…

Accusée d’avoir attisé les violences après les pillages du 17 octobre, La France insoumise ressort pourtant consolidée de la séquence. Le parti de Jean-Luc Mélenchon savoure une polarisation qui profite aussi au Rassemblement national.
La tempête sociale n’a pas fait que secouer la rue. Elle a bousculé les équilibres politiques. Accusée d’avoir soufflé sur les braises et nourri le climat de violences qui a éclaté le 17 octobre, La France insoumise se retrouve dans une position que peu auraient imaginée. Les enquêtes d’opinion la montrent en légère hausse ou stable, tandis que les anciens Premiers ministres macronistes Edouard Philippe et Gabriel Attal encaissent des semaines difficiles. Pour Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement, la séquence a produit « une polarisation » et dégagé « deux options d’alternatives » dont LFI constitue l’une. Les grands perdants, selon lui, se trouvent dans « le bloc central ». Un ministre macroniste décrit même une « machine à polariser extrêmement puissante » qui rend la vie dure aux candidatures modérées, coincées entre « le RN, parti de l’ordre » et « LFI, celui de la jeunesse ».
Au-delà des sondages, les Insoumis brandissent des signaux concrets. La semaine qui a suivi le 17 octobre, ils ont récolté deux fois plus de parrainages d’élus qu’auparavant, un sésame pour valider la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Quarante promesses de maires et 25.000 parrainages citoyens ont été enregistrés sur la semaine du 19 octobre. Les meetings suivent la même pente. À Peyrehorade, bourg de moins de 4.000 habitants dans les Landes, le parti revendique 1.500 participants à une réunion publique. Mathilde Panot, cheffe des députés insoumis, en tire un message limpide. Plus on les frappe, plus leurs rangs grossissent. Alors elle lance à leurs adversaires un « de grâce, continuez » ironique.
Le gouvernement, lui, n’a rien lâché. Les Insoumis avaient condamné les pillages, mais l’exécutif a ressorti les propos de Jean-Luc Mélenchon reprenant parfois à son compte le slogan « ACAB ». Il a aussi ciblé Raphaël Arnault, fondateur de la mouvance antifasciste dissoute de la Jeune Garde, que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a présenté comme un « trait d’union » entre LFI et certains groupuscules d’ultragauche. Le patron des députés Horizons Laurent Marcangeli a même suggéré que le parti mette la main au portefeuille pour rembourser les dégâts. De quoi inquiéter les troupes de Mélenchon ? Pas vraiment. Elles parlent d’une prise de « judo », retournant les attaques contre ceux qui les portent. « C’est toujours pareil, comme après l’affaire Quentin Deranque ou les mobilisations lycéennes. Leurs attaques sont trop grossières et mensongères. Ça accentue le sentiment d’acharnement contre nous et au final ça nous renforce », résume Manuel Bompard.
Ce diagnostic, une partie du camp présidentiel le partage en off. Une députée Renaissance admet que cibler LFI « ne marche pas du tout ». « Les séances de questions au gouvernement, on passe notre temps à parler d’eux. On leur fait une chambre de résonance », souffle-t-elle. Un dirigeant centriste se désole. Selon lui, une bonne partie de la classe politique, « au centre, à droite et à gauche », a intégré l’idée que le second tour serait « Mélenchon-Le Pen ». Un duel que les commentateurs jugent bien plus favorable au Rassemblement national. Jean-Yves Dormagen, président de l’institut Cluster17, apporte une nuance. Les événements ont renforcé l’image clivante de Mélenchon et son rejet s’est élevé. Pour le premier tour, l’opération se tient. Pour élargir l’électorat en vue d’un second, le bilan penche du mauvais côté.
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