Société
À Bobigny, des lycéennes défendent les blocages et réclament une école plus juste
À Bobigny, deux lycéennes de 15 ans racontent pourquoi elles soutiennent les blocages et dénoncent des lycées de banlieue moins bien traités que ceux du…

À Bobigny, deux lycéennes de 15 ans racontent pourquoi elles soutiennent les blocages et dénoncent des lycées de banlieue moins bien traités que ceux du centre-ville. Leur message au gouvernement se résume en une phrase, écoutez vraiment la jeunesse.
À Bobigny, Assia et Asma discutent sur leurs trottinettes électriques, un chewing-gum à la fraise dans la bouche. Assia, prénom d’emprunt, habite la cité Karl Marx et se verrait bien travailler dans la médecine. Elle est entrée en seconde générale, mais elle a eu très peu de cours, parce que son lycée a connu des blocages. Son amie Asma, inscrite en classe passerelle dans un lycée professionnel, ne cache pas son plaisir. Elle se lève tôt pour bloquer l’établissement, beaucoup moins pour aller en cours. « Les blocus, c’est bien, c’est drôle », juge-t-elle.
Le président de la République a appelé à la reprise des cours en assurant que la jeunesse avait été entendue. Sur place, le message passe mal. « Ils ne nous écoutent pas vraiment », estime Assia. Pour elle, le mouvement lycéen est né en banlieue parisienne parce que les établissements du centre-ville sont plus valorisés. Dans son lycée, une revendication revient avec force, les professeurs absents ne sont pas remplacés. Elle pointe aussi les délais. Une fuite d’eau serait réparée plus vite dans un lycée parisien qu’en banlieue. « Tout est comme ça », dit-elle.
Kayla et Nayla, 16 ans, habitent aussi Bobigny et suivent des lycées professionnels dans d’autres villes. Elles voudraient dire au gouvernement d’écouter vraiment la jeunesse. Kayla ajoute une demande, supprimer Parcoursup. Pour elle, la plateforme fait mal aux personnes recalées et trie les jeunes de façon injuste. À Bobigny, Louise-Michel est le seul lycée général et technologique de cette ville-préfecture de 57 000 habitants, avec un taux de réussite au bac de 88 %. Des enseignants ont soutenu le blocage. Une professeure agrégée d’histoire-géographie et de cinéma et audiovisuel explique que les revendications des élèves rejoignaient celles des adultes. Des lycéens aux bonnes notes se sont mobilisés, conscients que leur travail pouvait être gâché par Parcoursup, ce qu’elle décrit comme un espace de sélection et de vente de soi, où tous n’ont pas les moyens de valoriser leur CV face à des jeunes plus privilégiés.
Près de l’hôtel de ville, de petits groupes traversent une dalle promise à la démolition, assez photogénique pour attirer des tournages. Sur un mur, on peut lire « L’amour gagne toujours ». Deux frères et leur copain, âgés de 16 à 18 ans, disent zoner dehors. Ils ne sont déjà plus lycéens, mais ils soutiennent le mouvement. Hilal, 16 ans, se présente comme Turc et Français, né en Seine-Saint-Denis, et regrette d’être déjà déscolarisé. Il a échoué en seconde, dit-il, parce qu’il s’est senti perdu dans un lycée agricole qu’il n’avait pas choisi. Il attribue un peu de la faute à l’Éducation nationale. Pendant deux ans, il n’a pas eu de professeur d’anglais. « Je sais dire What’s your name », raconte-t-il. Il ne veut pas que la prochaine génération connaisse le même parcours.
Ibrahima, 17 ans, n’approuve pas les dégradations de petits commerces tenus par des gens en difficulté. Il estime pourtant que les blocages, les poubelles brûlées et les tirs de mortiers sur la police se comprennent, parce que la police les frappe aussi selon lui. Sans drapeaux ni confrontation, le gouvernement n’aurait pas prêté attention aux jeunes, pense-t-il. Léo, 18 ans, bonnet Under Armour sur la tête, a arrêté en seconde après un parcours scolaire qu’il juge très mauvais. Il dit avoir quitté le trafic de stupéfiants, qu’il connaissait depuis ses 12 ans. Pour lui, les quartiers les plus défavorisés ont justement besoin de plus d’éducation et d’un meilleur suivi à 12 ou 13 ans, afin d’éviter que les jeunes décrochent.
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