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Madagascar, nouvelle base arrière des arnaques en ligne

Des centres d’escroquerie en ligne ont été démantelés à Madagascar. Derrière les faux sites de romance ou de cryptomonnaies, des travailleurs africains…

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Madagascar, nouvelle base arrière des arnaques en ligne

Des centres d’escroquerie en ligne ont été démantelés à Madagascar. Derrière les faux sites de romance ou de cryptomonnaies, des travailleurs africains racontent avoir été attirés puis forcés d’arnaquer.

Treize centres de cyber-escroquerie ont été démantelés à Madagascar lors d’une opération conjointe avec les autorités américaines. Les saisies donnent la mesure du système, 52 millions de dollars en cryptomonnaies et 3 200 appareils électroniques. Les sites visés mélangeaient arnaques à la romance, faux placements en cryptomonnaies et pyramides de Ponzi. La plupart étaient pilotés par des ressortissants chinois. Cent quarante-huit d’entre eux ont été extradés vers la Chine.

Ce coup de filet ne règle pas tout. Onze des Chinois arrêtés ont quitté leur cellule dans des conditions troubles, ce qui a déclenché un scandale autour de la garde des Sceaux Fanirisoa Ernaivo. Un mis en cause affirme avoir reçu l’ordre de les libérer. La ministre dément. Pendant ce temps, des ressortissants africains restent incarcérés alors que les premiers éléments de l’enquête suggèrent qu’ils pourraient être des victimes de traite d’êtres humains.

Leur histoire éclaire le mode opératoire. Une vingtaine de Rwandais, Zimbabwéens, Ougandais et Kényans auraient été attirés via Facebook par des promesses de salaires et d’emplois dans le commerce à Madagascar. À l’arrivée, la plupart auraient vu leurs passeports confisqués et auraient été poussés à escroquer des internautes. Hassan Mouigni, chef de la cellule cybercriminalité de la police malgache, parle de tromperie. Les centres avaient besoin de travailleurs anglophones parce qu’ils visaient surtout des Américains, des Canadiens et des Pakistanais.

À l’origine, ces réseaux venaient d’Asie du Sud-Est. Le suspect présenté comme le patron d’un centre installé dans une villa du quartier cossu d’Ivato, près d’Antananarivo, est un Malaisien, Chui Kok Wa. Les autorités américaines ont demandé son extradition. Son visa indique qu’il est arrivé à Madagascar pour la première fois récemment et qu’il était auparavant au Cambodge. Les enquêteurs américains estiment que son organisation, liée à la Malaisie et à la Chine, a probablement déplacé ses activités après une intervention policière au Cambodge.

D’autres éléments vont dans ce sens. Tsitohaina Ralihivao, coordinateur de la cellule de lutte contre la cybercriminalité au ministère malgache de la Communication, relie l’arrivée de ces groupes aux affrontements frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande. Quand les Thaïlandais ont démantelé des centres, les opérations ont été déplacées. Les mêmes organisations ont pris la direction de Madagascar. Des centres de cyber-escroquerie s’implantent de plus en plus en Afrique après la fermeture de complexes en Asie du Sud-Est. Les Nations unies avaient déjà alerté sur l’expansion de ces réseaux, notamment en Afrique australe.

Les méthodes changent aussi d’échelle. Avant, les escrocs louaient des villas discrètes. Ils ont ensuite pris des hôtels entiers, comme le Live Hotel à Antananarivo. Le dirigeant présumé de ce centre, un Chinois appelé Huang Jidi ou Wang Jidi, a été extradé par Pékin. Comme les autres responsables chinois identifiés, il n’a pas pu être interrogé. Trois Brésiliens ont raconté avoir répondu à des offres d’emploi en ligne, travaillé dans un complexe au Cambodge, puis avoir été transférés à Antananarivo en raison, en partie, d’un conflit armé entre le Cambodge et la Thaïlande.

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