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Pologne, la police bloque le Tribunal constitutionnel et la classe politique cherche une sortie

Des policiers ont investi le site du Tribunal constitutionnel de Varsovie pour en couper l’accès, tandis qu’une juge revendique la direction de…

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Pologne, la police bloque le Tribunal constitutionnel et la classe politique cherche une sortie

Des policiers ont investi le site du Tribunal constitutionnel de Varsovie pour en couper l’accès, tandis qu’une juge revendique la direction de l’institution. Le président Karol Nawrocki a convoqué les partis à consultations pour tenter d’éteindre un conflit qui couve depuis dix ans.

Les forces de l’ordre ont pris position sur le site du Tribunal constitutionnel pour en bloquer les entrées. Dans la foulée, le ministre de la Justice, qui est aussi procureur général, a réclamé la levée de l’immunité de Bogdan Swieczkowski, le président de l’institution. Une juge récemment nommée, Anna Korwin-Piotrowska, a annoncé suspendre ce dernier et assurer l’intérim à la tête du Tribunal. Elle se trouvait toujours sur place, mais son autorité est contestée.

En face, Bogdan Swieczkowski refuse de céder son fauteuil. Il affirme rester en fonction et peut compter sur des appuis de poids, ceux du chef de l’État et de l’opposition nationaliste. Deux lectures de la même situation, deux autorités qui se réclament simultanément de la légitimité, et une confusion qui n’a pas été levée au terme d’une nuit agitée.

Le président Karol Nawrocki, lui, se trouvait dans un avion en direction du Sénégal quand l’opération policière a débuté. Il a fait demi-tour et s’est rendu au Tribunal dans la soirée. Depuis le palais présidentiel, il a convoqué des consultations en invoquant « la menace qui pèse sur la sécurité intérieure de la République de Pologne ». Le dirigeant nationaliste y a dénoncé une « violation de l’ordre constitutionnel » et réclamé le départ des forces de l’ordre du bâtiment.

À son invitation, les nationalistes, l’extrême droite et la gauche radicale se sont déplacés, ainsi que deux partis de la coalition centriste au pouvoir. La gauche, elle-même membre de cette coalition, indique n’avoir jamais reçu d’invitation et refuse de dialoguer avec un chef de l’État qu’elle considère comme partie prenante du conflit. La Coalition civique de Donald Tusk n’a envoyé personne. Les entretiens se sont enchaînés, sans déclaration publique.

Le nœud du dossier remonte loin. Le Tribunal constitutionnel est jugé trop dépendant du pouvoir politique par les institutions européennes. Pendant ses mandats, entre 2015 et 2023, le PiS y a placé des juges engagés, que ni Bruxelles ni l’actuel chef du gouvernement ne reconnaissent comme légitimes. Donald Tusk, revenu aux affaires en 2023, avait promis de régler la question. Les nominations votées par la Diète, la chambre basse du Parlement, n’ont jamais été validées par le chef de l’État, qui y fait barrage. « Rétablir l’État de droit est notre devoir », a-t-il justifié, en décrivant un processus « difficile, parfois douloureux » qui « exige une action résolue ». Il n’y a pas d’autre voie, selon lui.

Devant le bâtiment, des sympathisants du PiS manifestent depuis plusieurs semaines pour soutenir les juges en place. Iwona Dudek, 62 ans, est venue de Zgorzelec, à la frontière allemande, avec son mari. « C’est une destruction de la démocratie », déplore-t-elle, avant de lâcher, presque à contrecœur, que Donald Tusk « a accompli l’impossible » en soudant toute la droite derrière le Tribunal. « Nous rêvions d’une telle situation », reconnaît-elle, saluant au passage un « bien joué » qui en dit long sur le paradoxe du moment.

Pour Ewa Marciniak, politologue à l’Université de Varsovie, le calendrier fait monter la pression. Les législatives de novembre 2027 approchent, et la campagne est déjà lancée. « Nous sommes dans une phase de mobilisation des électorats », souligne-t-elle, en pointant le risque d’une escalade.

L’avertissement vient aussi de l’extérieur. L’ambassadeur des États-Unis à Varsovie, Tom Rose, s’est exprimé publiquement pour regretter « une confrontation sans précédent » autour de « l’indépendance et l’autorité d’une institution constitutionnelle ». Il a appelé toutes les parties à éviter tout acte susceptible d’« engendrer de la violence » dans un pays « ami et allié ». La position compte. Frontalière de la Russie, du Bélarus et de l’Ukraine, la Pologne est l’un des premiers soutiens de Kiev et la principale porte d’entrée de l’aide humanitaire et militaire depuis l’invasion de 2022. Sa stabilité pèse directement sur la capacité des Occidentaux à tenir leurs engagements.

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