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Au Laos, le vent devient une exportation stratégique

Le plus grand parc éolien d’Asie du Sud-Est tourne dans le sud du Laos et vend son courant au Vietnam. Ses 133 turbines offrent une alternative aux…

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Au Laos, le vent devient une exportation stratégique

Le plus grand parc éolien d’Asie du Sud-Est tourne dans le sud du Laos et vend son courant au Vietnam. Ses 133 turbines offrent une alternative aux barrages, mais les villages voisins restent branchés sur un réseau fragile.

Sur les collines verdoyantes du sud du Laos, 133 turbines font tourner leurs pales pour le Vietnam voisin. Une jeune mère de 23 ans, bébé sur les genoux dans sa maison sur pilotis du village de Dak Wai, regarde les hélices et s’émerveille. « La vue est magnifique. Elles sont plus grandes que les arbres », dit-elle. Le contraste est net. Le Laos exporte du vent, mais sa propre population compose encore avec un réseau électrique capricieux.

Le parc Monsoon Wind Power, entré en service en août 2025, affiche 600 mégawatts. Il occupe une surface comparable à Singapour et a coûté 700 millions de dollars. C’est le premier projet éolien transfrontalier d’Asie et la plus grande ferme éolienne d’Asie du Sud-Est. Son courant est vendu exclusivement au réseau national vietnamien.

Les barrages hydroélectriques se sont multipliés en Asie du Sud-Est, mais leur production chute en saison sèche et leur impact écologique est critiqué. Le Laos compte déjà 90 centrales hydroélectriques, et des dizaines d’autres existent chez ses voisins. Les sites disponibles se raréfient. L’éolien prend le relais. Les indicateurs économiques penchent désormais en faveur du vent, avec une course aux concessions et aux droits de développement qui rappelle celle de l’hydroélectricité vingt à trente ans plus tôt. Dix à quinze projets éoliens se préparent dans le pays.

Autour des turbines, le chantier a ouvert de nouvelles routes et facilité l’accès à l’eau et aux soins pour des familles de cultivateurs de riz et de café. Il ne leur fournit pourtant pas d’électricité. Des habitants disent subir des coupures pendant les fortes tempêtes, à cause d’infrastructures vieillissantes d’un opérateur public lourdement endetté. La jeune mère de Dak Wai se réjouit malgré tout que son pays exporte du courant. Elle y voit un levier de développement et une promesse de prospérité.

Pour le Vietnam, ce courant arrive à point nommé. En 2023, de grandes coupures avaient paralysé le pays après une sécheresse qui avait réduit la production hydroélectrique. Le gouvernement a depuis averti que de nouvelles pénuries pouvaient menacer dès l’an prochain, entre retards de projets et demande croissante. Le vent vendu par Monsoon coûte nettement moins cher que l’éolien produit localement. D’ici 2030, les importations laotiennes doivent représenter près de 10 % de la capacité totale installée du Vietnam. Le parc doit aussi aider le pays à viser la neutralité carbone en 2050.

Monsoon prévoit d’ajouter 1 000 mégawatts et veut réserver une partie de cette extension au Laos. Son directeur vante un pays riche en vent, en eau et en soleil, avec une combinaison rare. Le gouvernement laotien devrait toucher 180 millions de dollars sur un contrat de vingt-cinq ans, taxes comprises, avec des fonds pour le développement local et la protection de l’environnement. Le parc assure n’avoir provoqué aucun déplacement forcé et avoir réglé environ 1 600 plaintes, surtout d’agriculteurs réclamant des compensations. Dans un pays où la contestation reste très limitée, un jeune agriculteur se dit fier que le courant parte vers le Vietnam, un voisin qu’il considère comme un frère. « Ils s’entraident », résume-t-il.

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