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À Casavalle, le pape fait une halte dans le quartier que tous avaient laissé de côté

Catholiques et évangéliques de Casavalle se retrouvent côte à côte pour accueillir Léon XIV dans ce secteur pauvre de la périphérie de Montevideo. Pour…

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À Casavalle, le pape fait une halte dans le quartier que tous avaient laissé de côté

Catholiques et évangéliques de Casavalle se retrouvent côte à côte pour accueillir Léon XIV dans ce secteur pauvre de la périphérie de Montevideo. Pour ses habitants, cette visite pèse bien plus qu’un simple rendez-vous religieux.

Casavalle n’a rien d’une carte postale. Ce quartier de la périphérie de Montevideo cumule la pauvreté et une réputation de danger, avec la drogue et les gangs liés au trafic qui tiennent le pavé. C’est là que Léon XIV doit se rendre samedi, pour le deuxième jour d’une tournée latino-américaine qui débute par l’Uruguay, le pays le plus laïque de la région. Autant dire que l’événement sort de l’ordinaire.

Sur place, les préparatifs vont bon train. Devant l’église Nuestra Señora de Guadalupe, un bâtiment de briques soigné, des ouvriers s’activent pour monter la scène qui accueillera le souverain pontife. Le père Pablo Coimbra, qui dirige la paroisse, peine encore à y croire. Voir le successeur de François s’arrêter « dans un quartier aussi modeste, dans un coin perdu du monde », voilà qui le dépasse un peu. Pour Janet De Leon, catholique pratiquante venue assister à une messe, la visite change tout. « On va être vus et entendus grâce au pape », sourit-elle. Le curé prolonge l’idée. Une personne qui s’est toujours sentie mise de côté, qu’elle croie ou non, se sent soudain importante et prise en compte.

À quelques rues de là, le pasteur évangélique Javier Roque rend visite aux membres de sa communauté. Il connaît les fragilités du secteur et veut croire que le passage du pape rapprochera les habitants de Dieu. Il y voit surtout « une formidable opportunité » pour que le quartier décroche de vraies améliorations.

Les deux hommes partagent un constat. Dans cette zone où la pauvreté dépasse largement la moyenne nationale, beaucoup trouvent dans les églises et les temples un refuge et une étreinte pour tenir debout. Les chiffres officiels donnent la mesure du phénomène. En Uruguay, 14,8 % des 3,5 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, dans un pays pourtant considéré comme l’une des économies les plus stables d’Amérique latine. À Casavalle, la réalité est plus dure encore.

Laura Lemos, 41 ans, en sait quelque chose. Cette vendeuse, mère de trois garçons de 24, 21 et 19 ans, a trouvé dans l’église évangélique El Camino, dirigée par le pasteur Roque, un abri quand la criminalité menaçait de faire éclater sa famille. Elle se souvient de l’angoisse quand son plus jeune fils a été emprisonné. Aujourd’hui, ses enfants « sont en vie, grâce à Dieu et au soutien de l’église », dit-elle. L’idée d’une concurrence entre catholiques et évangéliques la fait sourire. « C’est le même Dieu, dans un endroit différent, non ? »

Un voisin de 29 ans, connu dans le quartier comme « le Polonais Rodriguez », raconte lui aussi ce que la foi a changé. Elle l’a sorti de la délinquance, même s’il ne fréquente plus les lieux de culte. « Dieu est avec chacun », glisse ce père de six enfants, qui vit de petits boulots informels. Pour lui, la visite du pape « servira à rappeler que nous ne sommes pas aussi oubliés qu’on le croit ».

Le paysage religieux uruguayen, lui, est très éclaté. Un peu plus d’un tiers des habitants se disent catholiques (35 %), 13 % se rangent parmi les autres chrétiens, évangéliques compris, et 7 % déclarent une autre religion. Près de trois personnes sur dix se disent agnostiques ou athées (29 %), et 15 % préfèrent ne pas répondre. Dans ce contexte, le père Coimbra revendique une cohabitation tranquille. Lui qui se sent pleinement appartenir à la culture laïque de son pays assure ne ressentir aucune gêne. Il n’y a pas d’hostilité envers son Église, dit-il. Aidé Carrasco, 51 ans, pratique l’Umbanda, un culte syncrétique venu du Brésil mêlant des croyances d’origine africaine. Que la visite du pape relève du marketing ou de la dévotion, peu lui importe. Elle aide le quartier et l’améliore sur bien des plans, tranche-t-elle. « Tout ce qui est progrès, d’où que ça vienne, pourvu que ça vienne. »

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