Nous rejoindre sur les réseaux

Europe

Nuit de bras-de-fer devant le Tribunal constitutionnel polonais

Vendredi soir, les forces de l’ordre sont entrées dans l’enceinte de la plus haute juridiction du pays, où des partisans de l’opposition nationaliste…

Article

le

Nuit de bras-de-fer devant le Tribunal constitutionnel polonais

Vendredi soir, les forces de l’ordre sont entrées dans l’enceinte de la plus haute juridiction du pays, où des partisans de l’opposition nationaliste manifestent depuis des semaines. Le président Karol Nawrocki a écourté un déplacement officiel en Afrique pour rentrer en urgence à Varsovie.

Vendredi soir, la police a investi les abords du Tribunal constitutionnel, à Varsovie. Des dizaines d’agents anti-émeute bloquaient l’accès du bâtiment aux soutiens du parti national-conservateur Droit et justice (PiS), présents sur place depuis plusieurs semaines. Les manifestants ont forcé les grilles, sans réussir à avancer face aux forces de l’ordre. Trois personnes ont été interpellées après avoir tenté de pénétrer dans l’enceinte. La police affirme pour sa part ne pas être entrée dans les bâtiments eux-mêmes.

Derrière ce déploiement, un conflit qui empoisonne la vie politique polonaise depuis près de dix ans. Dès 2015, le gouvernement du PiS avait nommé à la cour des juges ouvertement engagés, que ni Donald Tusk ni l’Union européenne ne reconnaissent. Bruxelles juge l’institution trop dépendante du pouvoir politique, et le camp nationaliste revendique, lui, la primauté de la législation polonaise sur celle de l’UE. Depuis son retour aux affaires en 2023, le Premier ministre centriste promet de dénouer la crise. Ses nominations, comme celles de la Diète, n’ont toujours pas été entérinées, le chef de l’État y faisant obstacle.

Donald Tusk a défendu l’intervention policière sur le réseau social X. « Rétablir l’État de droit est notre devoir », a-t-il écrit, en assumant un processus « difficile, parfois douloureux » après « des années d’illégalité sous le PiS ». C’est une juge nommée par l’actuel gouvernement, Anna Korwin-Piotrowska, qui a annoncé la suspension du président controversé du tribunal, Bogdan Swieczkowski, au nom de ce même objectif. « Un État démocratique ne peut pas fonctionner, dans l’Europe moderne, sans une cour constitutionnelle garante des droits et libertés des citoyens », a-t-elle justifié.

Le ministre de la Justice et procureur général, Waldemar Zurek, a annoncé en conférence de presse avoir demandé la levée de l’immunité de Bogdan Swieczkowski et de son adjoint Bartlomiej Sochanski. « Ce tribunal est devenu une propriété privée, nous devons en rétablir le bon fonctionnement », a-t-il déclaré. La situation restait pourtant confuse vendredi soir. La cour a démenti le départ de son président et dénoncé sur son compte X officiel « un coup d’État », affirmant que Bogdan Swieczkowski restait en fonction et que sa remplaçante ne pouvait assurer l’intérim, faute d’avoir prêté serment devant le président de la République. Le site internet du tribunal était inaccessible.

Devant les grilles, le camp nationaliste ne désarme pas. « Tusk traître », scandaient les partisans du PiS, dont certains égrenait un chapelet ou brandissaient des images religieuses. « C’est un coup d’État du Premier ministre Donald Tusk, il foule aux pieds nos droits constitutionnels », s’est emporté l’un des manifestants, Tomasz Zaleski. Des figures de la droite radicale et de l’extrême droite les ont rejoints au fil de la soirée. Le chef du PiS et ancien Premier ministre Jaroslaw Kaczynski a appelé le chef de l’État, que son parti a contribué à faire élire en 2025, à « faire tout ce qui est en son pouvoir pour que cette situation cesse ». Rentré à Varsovie, Karol Nawrocki a convoqué au palais présidentiel le premier président de la Cour suprême Zbigniew Kapinski ainsi que le président du tribunal évincé.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus