Économie
Christine Lagarde s’apprête à quitter la BCE après sept ans de crises et de virages monétaires
Christine Lagarde va quitter avant terme la présidence de la Banque centrale européenne après sept années marquées par la pandémie, la guerre en Ukraine…

Christine Lagarde va quitter avant terme la présidence de la Banque centrale européenne après sept années marquées par la pandémie, la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation. Son bilan mêle des outils monétaires renforcés, un faux pas mémorable et des critiques sur la lenteur de sa réaction face à la hausse des prix.
Christine Lagarde s’apprête donc à refermer un chapitre de sept ans à la tête de la BCE. Son mandat aura été traversé par la pandémie de Covid-19, la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine, le retour de l’inflation et plusieurs crises géopolitiques. Un parcours qui a obligé l’institution de Francfort à sortir de ses sentiers habituels et à multiplier les réponses d’urgence.
Le premier faux pas reste ancré dans les mémoires. Au tout début de la pandémie, les marchés financiers s’affolent et Christine Lagarde déclare que la BCE n’est pas là pour réduire les spreads. La formule passe pour un désengagement. Les marchés italiens décrochent et les rendements de la dette s’envolent. Elle corrige rapidement. L’épisode est vite comparé au quoi qu’il en coûte de Mario Draghi, son prédécesseur, qui avait rassuré les investisseurs face aux paris sur un éclatement de la zone euro. La BCE passe ensuite à l’offensive. Une téléconférence improvisée depuis la cuisine de Christine Lagarde à Francfort donne naissance au programme de rachat d’urgence face à la pandémie. La banque centrale achète jusqu’à 1 850 milliards d’euros de dette publique et privée pour éviter un écroulement de la zone euro. Elle ouvre aussi de nouveaux prêts géants aux banques à des conditions favorables afin de soutenir le crédit.
L’urgence suivante arrive vite. La reprise après la pandémie puis l’invasion russe de l’Ukraine provoquent une flambée des prix de l’énergie. L’inflation grimpe à des niveaux inconnus depuis la création de l’euro. Mario Draghi avait dû combattre la déflation. Christine Lagarde hérite de l’inflation, un métier différent. La BCE tarde à réagir, ce qui nourrit les critiques sur une erreur de diagnostic. Elle finit par engager la remontée de taux la plus rapide de son histoire. Son principal taux directeur passe de 0 à 4 % en un peu plus d’un an. L’argent gratuit disparaît. Cette potion sévère est aussitôt jugée dure pour l’activité, les ménages et les entreprises. Un dirigeant italien d’extrême droite raille même en disant qu’elle vit sur Mars.
À son arrivée à Francfort, Christine Lagarde trouve un Conseil des gouverneurs divisé après la reprise contestée des rachats de dette décidée sous Mario Draghi. Elle impose son style. Une retraite dans les collines du Taunus, près de Francfort, permet de détendre les 25 membres de l’instance. Ni faucon partisan d’une politique restrictive, ni colombe attachée au soutien de l’économie, elle se compare à la chouette, un animal souvent associé à un peu de sagesse. Sa marque de fabrique devient la collégialité.
Son héritage prolonge celui de Mario Draghi. La BCE est passée d’une sorte de Bundesbank élargie à une banque centrale moderne, comparable à ses homologues, et Christine Lagarde a consolidé cette transformation. Sa boîte à outils s’est étoffée au fil des crises. Pour éviter une nouvelle crise de l’euro, l’institution s’est dotée d’un instrument de protection de la transmission. Il lui permet d’acheter des obligations d’État dont les rendements augmenteraient trop vite par rapport à ceux de l’Allemagne, dans un mouvement désordonné des marchés. Face à la poussée du taux d’emprunt français liée aux difficultés budgétaires du pays, Christine Lagarde a écarté son utilisation. Elle a estimé que les moyens d’enrayer cette hausse devaient d’abord être trouvés en France. Elle a aussi fait de la BCE l’une des banques centrales les plus actives sur le climat. Les risques liés au réchauffement entrent dans ses achats d’actifs, dans l’évaluation des actifs apportés en garantie et dans des tests de résistance climatiques imposés aux grandes banques.
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