Économie
Arrêts maladie, un milliard à trouver en deux mois
Syndicats et patronat s’installent enfin à la table des négociations sur les arrêts de travail. Objectif affiché, dégager un milliard d’économies avant la…

Syndicats et patronat s’installent enfin à la table des négociations sur les arrêts de travail. Objectif affiché, dégager un milliard d’économies avant la mi-décembre, pour une entrée en vigueur des mesures dès 2027.
Le coup d’envoi est donné. Jeudi matin, en visioconférence, les organisations syndicales et patronales se retrouvent pour lancer une négociation réclamée par l’exécutif sur les arrêts de travail. Cette première séance ne doit pas entrer dans le vif du sujet. Elle servira à caler la méthode, le calendrier et la liste des thèmes à traiter. Le fond viendra ensuite.
Le cadre, lui, est déjà écrit noir sur blanc par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Sa lettre de cadrage ouvre un chantier très large. On y trouve une politique active de prévention, une révision de l’ensemble des paramètres du système, de la durée d’indemnisation à son plafond en passant par le complément versé par l’employeur, et une responsabilisation des différents acteurs. Le ministre invite aussi les partenaires sociaux à imaginer de nouveaux outils pour couper court aux usages qui détournent le sens de l’arrêt maladie, et pour corriger l’absentéisme qualifié d’atypique dans certaines entreprises. Sa piste la plus discutée touche à l’équilibre même du dispositif. Mieux protéger les arrêts longs, protéger moins les arrêts courts.
Les chiffres sont posés. Les partenaires sociaux ont jusqu’au 19 décembre pour rendre leur copie, avec des économies attendues dès le début de 2027. Sur les deux milliards prévus dans les textes budgétaires, un milliard doit sortir de cette négociation. Jean-Pierre Farandou l’assume sans détour. Il faut agir, martèle-t-il, en défendant une réforme structurelle qui reverrait le système en profondeur, avec un double bénéfice attendu, une meilleure couverture pour les salariés et une facture allégée pour la Sécurité sociale.
Côté syndical, le ton est nettement plus méfiant. Denis Gravouil, négociateur pour la CGT, dénonce un gouvernement qui veut faire endosser aux partenaires sociaux sa recherche d’économies, sur des sujets très vastes, en seulement deux mois, et dans un contexte de contestation sociale majeure. Il pointe aussi les inégalités sociales et une politique qu’il juge favorable aux plus riches et défavorable aux assurés. Son angle d’attaque est clair. La CGT compte interroger la responsabilité du patronat dans l’explosion des arrêts maladie et des accidents du travail, de la souffrance psychique et des burn-out, et appuyer fort sur la prévention. Il anticipe un affrontement net avec des organisations patronales qui, selon lui, veulent surtout revenir sur l’indemnisation de certains arrêts.
Le patronat a déjà dégainé ses propositions. Fin septembre, le président du Medef Patrick Martin avait suggéré de ne plus rembourser les arrêts maladie de courte durée, dont la hausse lui paraît parfois suspecte, en instaurant des jours de carence d’ordre public que ne prendraient en charge ni l’Assurance maladie ni l’employeur. Eric Chevée, vice-président de la CPME, défend la même logique. Pour lui, la progression des dépenses relève en grande partie d’un problème comportemental, avec des assurés qui s’arrêtent un peu excessivement après un mauvais week-end ou à cause de relations de travail dégradées. Et il tranche, un système incapable de distinguer ces situations de la vraie maladie n’est pas efficace.
Le temps presse, et chacun le mesure. Eric Chevée juge lui-même le délai de deux mois très ambitieux, tout en espérant au moins poser des pistes de travail sur la table. Son avertissement final résume l’enjeu. Si rien n’est fait, l’État prendra une mesure qui abaissera l’indemnisation des arrêts de travail, avec des conséquences pour les salariés comme pour les entreprises, qui complètent souvent cette indemnisation. Autrement dit, la négociation ressemble moins à une option qu’à une manière de garder la main sur un sujet qui touche directement le quotidien de millions de personnes.
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