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Fernanda troque un statut précaire contre 2 000 euros de cotisations en plus

À 52 ans, cette agricultrice de Dordogne passe de conjointe collaboratrice à co-exploitante. Un changement imposé par la loi, qui lui promet une vraie…

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Fernanda troque un statut précaire contre 2 000 euros de cotisations en plus

À 52 ans, cette agricultrice de Dordogne passe de conjointe collaboratrice à co-exploitante. Un changement imposé par la loi, qui lui promet une vraie retraite au prix d’un budget familial déjà à l’étroit.

Fernanda Jarry n’a pas toujours vécu de la terre. Vendeuse dans le prêt-à-porter, elle a tout plaqué en 2016 pour rejoindre son mari sur l’exploitation familiale, reprise neuf ans plus tôt. « Plus ça allait, plus les animaux me manquaient », glisse cette fille et petite-fille d’agriculteurs. Le domaine tient sur 22 hectares, dont huit plantés de châtaigniers. Le couple y élève 1 200 volailles fermières en plein air et quelques daims, pour un chiffre d’affaires de 50 000 euros, écoulé en vente directe auprès des particuliers.

Depuis son arrivée, Fernanda a opté pour le statut de conjointe collaboratrice. Créé en 1999, il a changé la vie de nombreuses femmes d’agriculteurs, longtemps privées de protection sociale alors qu’elles trimaient sur l’exploitation. Ce statut permet de cotiser sans être salariée ni rémunérée par un contrat de travail. Elle le savait, sa retraite serait maigre. « Mais comme on est une petite structure, qu’on travaille à l’ancienne, ça nous convenait. » Il lui a aussi permis d’être présente pour ses deux enfants. Sa fille de 14 ans, malentendante, vise le lycée agricole, comme son petit frère de 10 ans.

La loi Chassaigne est venue rebattre les cartes. Depuis 2022, ce texte plafonne le statut de conjoint collaborateur à cinq ans sur toute une carrière, avec l’ambition de mieux reconnaître l’engagement des conjoints et de leur offrir une couverture plus solide. La MSA recense encore environ 16 000 personnes dans cette situation, dont près des trois quarts de femmes, âgées en moyenne de plus de 50 ans. D’ici la fin de l’année, quelque 9 400 affiliés devront basculer vers un autre régime.

Pour Fernanda, l’annonce a fait l’effet d’un coup dur. « Je me suis sentie évincée de ma ferme. On n’avait pas les moyens de me salarier, je me suis dit que j’allais devoir aller travailler ailleurs, à l’usine. On a passé des nuits blanches, j’étais déprimée. » Lors d’une réunion d’information, elle découvre que beaucoup de participantes ignoraient à quel point leur pension serait faible. « Il faut informer, c’est vrai, mais pourquoi nous obliger ? » Sa conseillère MSA, Isabelle Clanchier, raconte des échanges tendus, des exploitations qui avaient trouvé leur équilibre et qu’il a fallu rassurer. Beaucoup de conjointes assurent ne « pas monter sur le tracteur », tout en portant l’administratif et la commercialisation.

Le vrai frein reste l’argent. La réforme ajoute mécaniquement des charges, dans un contexte déjà serré. L’été a été sec, le rendement des châtaigniers a fondu, la facture de gaz grimpe, comme le prix des aliments pour les bêtes. La conseillère évoque la piste d’une société, GAEC ou SCEA, avec un peu plus de production. Le couple ne peut pas se le permettre. « Tout est fait pour les grosses fermes qui ont les moyens », s’agace l’agricultrice. En Dordogne, 417 conjoints collaborateurs doivent être accompagnés, dont 85 % dans des entreprises individuelles. Les épouses de dirigeants de sociétés agricoles, elles, ont souvent pu basculer plus facilement.

Une issue a fini par se dessiner. En 2027, Fernanda deviendra co-exploitante et partagera officiellement les revenus avec son mari. « J’ai retrouvé le sourire et un statut dans ma ferme, mais il y aura un impact financier négatif sur notre quotidien. » Les premières années, un allègement dégressif des cotisations amortira la hausse. Ensuite, il faudra sortir 2 000 euros de plus chaque année. « C’était notre budget vacances. »

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