Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

Tanzanie, un an après la répression, les victimes attendent toujours justice

Un an après des élections contestées, la Tanzanie n’a pas refermé ses plaies. Les victimes sans ressources survivent tant bien que mal, tandis que la…

Article

le

Tanzanie, un an après la répression, les victimes attendent toujours justice

Un an après des élections contestées, la Tanzanie n’a pas refermé ses plaies. Les victimes sans ressources survivent tant bien que mal, tandis que la répression continue de frapper les voix critiques.

Le 29 octobre 2025, la Tanzanie organisait ses scrutins présidentiel et législatifs. Samia Suluhu Hassan l’a emporté avec 98 % des voix, dans un vote dont les principales figures de l’opposition avaient été écartées. Des observateurs internationaux ont qualifié le scrutin de frauduleux. La colère populaire a ensuite été réprimée dans le sang, avec des milliers de morts selon les défenseurs des droits humains. Une commission d’enquête officielle, jugée partiale par l’opposition, a pour sa part recensé 518 victimes.

Un an plus tard, les corps portent encore les traces. Twaha Bomeza, 61 ans, a été atteint à un œil par un éclat lors de tirs destinés à disperser les manifestants. « J’ai essayé de me mettre à l’abri, mais j’ai été touché. Je suis tombé et j’ai perdu quatre dents de devant », raconte-t-il dans une rue de Dar es Salaam. Faute d’argent pour une opération, il souffre toujours de l’œil, respire mal et vit avec des maux de tête permanents. Joseph Zakayo, 37 ans, a reçu une balle dans la cuisse alors qu’il cherchait à fuir. Cet ancien chauffeur de moto-taxi boite encore, ne peut plus exercer son métier et n’a plus les moyens de scolariser son enfant.

À l’approche de l’anniversaire, l’Église catholique a appelé à des messes partout dans le pays et le principal parti d’opposition, Chadema, a décrété sept jours de deuil. La police a averti que toute mobilisation serait considérée comme criminelle. Plusieurs analystes décrivent un pays à cran, où les arrestations arbitraires se multiplient. « Le pays n’est pas seulement en deuil, il est aussi plongé dans la terreur. Nous vivons dans la paranoïa », témoigne Tito Magoti, avocat et défenseur des droits humains.

Les enlèvements, eux, continuent. Un responsable de Chadema, Twaha Mwaipaya, a été enlevé au Kenya voisin et reste introuvable. Un autre cadre de la formation, John Pambalu, a été inculpé de trahison, un crime passible de la peine de mort. Anna Bwana, directrice de l’organisation Twaweza East Africa, dénonce un pouvoir prêt à recourir à la force pour empêcher toute initiative liée à ce premier anniversaire. La tension monte aussi autour du procès pour trahison du chef de l’opposition Tundu Lissu, dont le verdict est attendu le 6 novembre.

Pour Fulgence Masawe, du Centre légal et de droits humains, la logique est limpide. Son organisation défend une cinquantaine de personnes poursuivies pour terrorisme, une accusation qui sert, selon Amnesty International, à faire taire les critiques et à semer la peur. Aucun responsable des violences, côté gouvernement ou forces de l’ordre, n’a été traduit en justice. La commission d’enquête a peu progressé, et ses détracteurs assurent qu’elle visait surtout à redorer l’image du pouvoir. Un an après, des familles n’ont toujours pas pu enterrer leurs proches, alors que des ONG dénoncent le recours à des fosses communes pour dissimuler l’ampleur du bain de sang.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus