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En Afghanistan, le pavot repousse malgré l’interdiction des talibans

Les surfaces de pavot à opium ont fortement augmenté en Afghanistan, alors que les talibans avaient promis d’éradiquer cette culture. Des paysans sans…

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En Afghanistan, le pavot repousse malgré l'interdiction des talibans

Les surfaces de pavot à opium ont fortement augmenté en Afghanistan, alors que les talibans avaient promis d’éradiquer cette culture. Des paysans sans ressources expliquent qu’ils n’ont pas d’autre moyen de faire vivre leur famille.

La promesse talibane de supprimer le pavot à opium n’a pas tenu. Les champs cultivés sont remontés à 43 000 hectares, contre 10 000 un an plus tôt, après être tombés de plus de 200 000 hectares avant l’interdiction de 2022. La production d’opium a suivi le même mouvement, passant de 300 à 1 500 tonnes en un an. Les autorités affirment avoir détruit plus de 22 000 hectares, mais la plante réapparaît au milieu des céréales, derrière des murs ou dans des zones reculées.

Dans le Badakhshan, province du nord-est devenue le principal foyer de production, des cultivateurs prennent le risque. Un jeune homme de 22 ans raconte qu’il plante malgré la peur, parce que l’opium lui permet de nourrir sa famille et de financer ses projets, acheter une voiture, construire une maison, se marier. Un père de huit enfants explique qu’il laboure avant de semer le pavot. Pour lui, le blé ne suffit pas à faire vivre les siens. Les chiffres donnent la mesure de l’écart. Un hectare de blé rapportait un peu plus de 770 dollars en 2023, contre 10 000 dollars pour le pavot. Le kilo d’opium séché se négociait à 500 dollars, contre 100 dollars avant l’interdiction.

Le danger est réel. Des affrontements meurtriers ont opposé des habitants à des agents talibans venus détruire des parcelles. Le gouvernement taliban reconnaît que l’interdiction seule n’est pas tenable. Il admet qu’une solution durable doit s’accompagner d’autres moyens de subsistance et de création d’emplois. Le pays cumule les difficultés, avec le retour de plus de 6,6 millions d’Afghans d’Iran et du Pakistan depuis 2023, des catastrophes climatiques à répétition, une aide internationale en forte baisse et une exclusion du système bancaire international depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021.

Des cultures de substitution existent. Soutenues par le Japon et l’Union européenne, elles ont permis à un cultivateur de 35 ans du Badakhshan de recevoir des semences de blé améliorées et de l’engrais pour une famille de douze personnes. Il dit moins de fatigue qu’avec l’opium et plus de tranquillité. Mais le manque d’eau complique les autres cultures. Et les alternatives ne suffisent pas. Il faudrait un développement économique complet, avec des emplois, l’accès aux financements et aux marchés, y compris internationaux. Le coût était estimé à environ 500 millions de dollars, et seulement 10 % du financement était réuni. La Thaïlande a mis quinze ans à investir dans des moyens de subsistance alternatifs avant de commencer à éradiquer son secteur du pavot.

L’enjeu dépasse les frontières afghanes. L’opium produit dans le pays alimente une grande partie de l’héroïne consommée en Europe. Dans l’Union européenne, environ 850 000 personnes consommaient des opioïdes en 2024. Réduire la demande fait donc partie de la solution, au même titre que le soutien aux paysans. Sans revenus alternatifs crédibles, le pavot garde un avantage difficile à battre. La communauté internationale insiste sur ce point et appelle à offrir de vraies perspectives aux communautés rurales.

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