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Pourquoi les hommes sortent enfin du silence dans la lutte contre les violences sexuelles
Longtemps discrets lors des rassemblements féministes, ils étaient bien plus nombreux ce lundi. Un signe que la cause devient aussi la leur.


Longtemps discrets lors des rassemblements féministes, ils étaient bien plus nombreux ce lundi. Un signe que la cause devient aussi la leur._
Ce lundi, devant les tribunaux de toute la France, des hommes ont marché aux côtés des femmes. Pas pour prendre la parole, mais pour être là, simplement. Baptiste Roussillon, 66 ans, retraité, n’avait pas pu venir la première fois. Alors cette fois, il s’est dit qu’il fallait y être. Sa fille a été agressée quand elle était petite. Il le dit sans détour : « Notre présence s’impose sur le long terme. Il faut qu’on se montre. Pas forcément faire plus de bruit que les autres, mais être présents. » Cette deuxième vague de rassemblements a réuni 16.150 participants en France, dont 3.550 à Paris, selon les chiffres de la police. Une coalition féministe et de défense des enfants, forte de 150 associations et syndicats, avait appelé à ces actions devant « tous les tribunaux », avec une grande manif prévue le 4 juillet à Paris.
Pourquoi ces hommes ont-ils tardé à venir ? Plusieurs explications ressortent des témoignages recueillis. Maxime Ruszniewski, membre du Haut Conseil à l’Égalité, pointe une habitude : pendant longtemps, on leur a répété que c’était un combat de femmes. Alors beaucoup regardent « les trains passer ». Fabien, musicien militaire de 52 ans, était devant le tribunal de Toulouse. Il dit être « préoccupé » par le nombre de classements sans suite. Il salue les femmes, ces « héroïnes de notre époque » qui osent parler de leurs blessures. À Bordeaux, Michel, juriste de 60 ans, insiste sur l’éducation des jeunes garçons : il faut arrêter de leur faire croire qu’être un homme, c’est imposer sa domination. Un travail sur soi, en somme, que beaucoup n’ont pas encore entamé.
Et pourtant, la mobilisation masculine reste fragile. Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, regrette le faible nombre d’hommes lors du premier rassemblement parisien. Ludovic Labbé, bibliothécaire de 56 ans, constate que beaucoup d’hommes se croyaient féministes sans vraiment l’être. Frédéric Robert, porte-parole de l’association Zéro Macho, rappelle que la quasi-totalité des violences sexuelles sont commises par des hommes, et surtout sur des femmes. Ce constat provoque parfois une réaction « très défensive », certains se sentant accusés ou complices par association. L’écrivain Adrien Borne, victime de viols pendant son enfance, invite les hommes à accepter de ne pas être en première ligne, mais à soutenir celles qui mènent le combat depuis des années. La réalisatrice Andréa Bescond, elle, est claire : « Ils ont tous des filles, des sœurs, des mères, des compagnes. Il faut que les hommes aussi protègent leurs enfants. » Alors ils viennent, encore timides, mais ils viennent.





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