Monde
Niger des tirs dans la nuit et un pouvoir qui annonce avoir repris la main
Niamey a tremblé au petit matin quand des soldats mutins ont visé des sites sensibles. Le régime militaire assure que l’ordre est revenu.


Niamey a tremblé au petit matin quand des soldats mutins ont visé des sites sensibles. Le régime militaire assure que l’ordre est revenu.
La nuit a été chaotique dans la capitale nigérienne. Des coups de feu ont éclaté vers une heure du matin autour de l’aéroport, du palais présidentiel et de la base 101. Des habitants décrivent des détonations intenses pendant des heures. Une femme du quartier de la Poudrière raconte s’être cachée sous son lit tellement la peur l’a envahie. Un autre riverain parle de murs qui tremblaient et de tympans qui bourdonnaient. Le ministre de la Défense a finalement pris la parole à la télévision publique pour expliquer qu’un groupe de soldats en rupture de règlement avait séquestré des camarades dans une caserne avant de tirer sur des sites sensibles.
Le régime affirme avoir rapidement circonscrit ce mouvement d’humeur. Le général Salifou Mody a appelé la population à garder son calme et à vaquer à ses occupations. Sur le terrain, les accès à la présidence et à la télévision nationale ont été bloqués pendant un moment, avec des militaires qui forçaient les automobilistes à faire demi-tour. Le signal de la télévision publique a même été coupé une petite heure avant de revenir. Un habitant du quartier de Yantala, proche de la présidence, témoigne en fin de matinée que tout est redevenu calme et que plus aucun tir ne se fait entendre. Une source sécuritaire confirme que des soldats ont tenté de pénétrer dans le palais présidentiel mais ont été repoussés, la garde étant restée loyale au général Tiani.
Cet épisode survient dans un pays déjà sous tension. C’est la troisième fois cette année que Niamey entend des armes, mais les deux précédentes fois il s’agissait d’attaques jihadistes contre l’aéroport, revendiquées ou attribuées à l’État islamique en janvier puis au groupe JNIM en juin. Cette dernière attaque avait tué onze soldats et deux civils. Le site de la base 101 est particulièrement sensible puisqu’il accueille les partenaires russes d’Africa Corps ainsi que l’état-major de l’Alliance des États du Sahel, la confédération que le Niger forme avec le Burkina Faso et le Mali. Une cargaison d’uranium y était d’ailleurs restée bloquée entre décembre et janvier, sans que son sort soit connu depuis.
Derrière ces tirs, il y a aussi un contexte politique lourd. Le général Abdourahamane Tiani a pris le pouvoir en juillet 2023 et détient toujours le président élu Mohamed Bazoum. Depuis, la junte a tourné le dos à la France pour se rapprocher de la Russie. Les trois pays de l’AES affrontent depuis des années des violences jihadistes récurrentes, notamment dans la région de Tillabéri aux frontières du Mali et du Burkina Faso. Le régime de Niamey accuse régulièrement l’ancienne puissance coloniale de financer les jihadistes pour le déstabiliser, ce que Paris dément catégoriquement. Cette nouvelle nuit de tirs rappelle en tout cas que le pouvoir nigérien reste fragile, même quand il affirme tout contrôler.
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