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Pourboires détaxés, la grande illusion des serveurs de Las Vegas

Alors que Donald Trump vante sa mesure phare sur les pourboires, les employés de Las Vegas voient surtout leurs revenus fondre. Entre boycott canadien et…

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Pourboires détaxés, la grande illusion des serveurs de Las Vegas

Alors que Donald Trump vante sa mesure phare sur les pourboires, les employés de Las Vegas voient surtout leurs revenus fondre. Entre boycott canadien et inflation, le fameux crédit d’impôt ne suffit plus à les convaincre.

Aaron Mahan a passé plus de trente ans dans les restaurants de Las Vegas. Ancien soutien du président américain, il s’attendait à bénéficier de la détaxation des pourboires, la promesse économique préférée de Donald Trump. À l’approche des élections de mi-mandat, le quinquagénaire a beau avoir récupéré un peu d’argent sur sa dernière déclaration fiscale, il affirme que ça ne change rien. Chaque mois, il gagne entre 2.000 et 3.000 dollars de moins qu’avant. « Cela ne compense pas ce que j’ai perdu », lâche-t-il.

La ville du jeu et du divertissement traverse une période bien sombre. En 2025, le nombre de visiteurs a chuté de 7,5%. Du jamais-vu depuis 1970, si l’on excepte l’année de pandémie de 2020. Et cette année, aucun rebond ne se profile. Les touristes canadiens, qui représentaient une part énorme de la clientèle, boude les États-Unis après l’imposition de lourdes taxes douanières. Les ménages américains, eux, réduisent leurs dépenses de loisirs, avec un prix de l’essence qui flambe à cause des tensions avec l’Iran. Aaron Mahan résume la situation par une formule bien à lui, le « marasme Trump ».

Son restaurant de casino, autrefois ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, a dû licencier une vingtaine d’employés. Il fonctionne désormais comme un buffet réservé au matin. Aaron ne sert plus à table, il reste derrière le comptoir. Moins d’interactions, c’est forcément moins de générosité. « J’ai perdu 75% de mes pourboires », se désole-t-il, en racontant qu’il guette les promotions au supermarché et se prive de son soda préféré. Républicain de toujours, il s’était abstenu en 2024. Aujourd’hui, il envisage sérieusement de voter démocrate en novembre.

Son cas n’a rien d’isolé. Le principal syndicat des employés de l’hôtellerie au Nevada affirme que des milliers de ses 60.000 membres voient leurs heures réduites ou n’ont plus de travail du tout. Le secrétaire de l’organisation le dit sans détour. « Si vous ne gagnez pas de pourboires, à quoi sert le crédit d’impôt ? » C’est toute la limite de la mesure de Donald Trump. Le système permet de déduire jusqu’à 25.000 dollars de pourboires du revenu imposable, jusqu’à la fin 2028. Plus de 7,5 millions d’Américains l’ont utilisé cette année, avec une déduction moyenne de 7.000 dollars. Mais quand les clients désertent, ce coup de pouce reste théorique.

Sur Fremont Street, l’artée historique des casinos, les barmans et les danseuses dressent le même constat. John Felipe, 31 ans, prépare des cocktails dans un bar où les Canadiens formaient un tiers de la clientèle. Ils ne viennent plus. Lui non plus ne sent pas les effets de la détaxation. Une serveuse, qui préfère rester anonyme, a pu déduire 4.000 dollars de son revenu imposable. « Ce n’est clairement pas énorme, dit-elle. Donc ce n’est pas assez pour faire pencher mon vote. » Las Vegas, cet État qui avait basculé en faveur de Trump grâce à cette promesse, pourrait bien lui tourner le dos. Et malgré les discours du président sur une économie florissante, seuls 30% des Américains approuvent sa gestion dans les derniers sondages.

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