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Marc Bloch au Panthéon un hommage national sans déplacer ses cendres

L’historien et résistant entrera dans le sanctuaire républicain le 23 juin, mais sa dépouille restera dans le caveau familial en Creuse. Sa famille a…

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Marc Bloch au Panthéon un hommage national sans déplacer ses cendres

L’historien et résistant entrera dans le sanctuaire républicain le 23 juin, mais sa dépouille restera dans le caveau familial en Creuse. Sa famille a refusé de transférer ses cendres, préservant ainsi un lieu de mémoire ancré dans ses racines.

C’est une décision qui dit tout de l’attachement de Marc Bloch à sa terre d’adoption. Alors que la France s’apprête à l’accueillir au Panthéon aux côtés des grandes figures de la nation, son corps, lui, ne bougera pas du petit cimetière du Bourg-d’Hem, un village de 200 habitants dans la Creuse. Sa petite-fille Suzette Bloch explique ce choix avec simplicité. Il était profondément attaché à cette région, il y repose aux côtés de ses enfants. Pourquoi l’en éloigner ? Son fils Daniel, décédé l’an dernier à 99 ans, avait lui-même écrit au maire en 2023 pour demander cette panthéonisation. Mais la famille a toujours été claire. Ce serait un cénotaphe, une sépulture vide honorant sa mémoire, comme pour Robert Badinter quelques mois plus tôt.

Il y a une autre raison, plus intime et douloureuse. L’épouse de Marc Bloch, Simonne Vidal, est morte à Lyon après son arrestation, sous une fausse identité. Elle a été enterrée dans une fosse commune et ses cendres n’ont jamais été retrouvées. Suzette Bloch le dit sans détour. Cette absence est une raison de plus pour ne pas déplacer les restes de son grand-père. Cela préserve un lieu de recueillement concret, un point d’ancrage pour toute la famille. Son arrière-petit-fils Matis, devenu historien comme son aïeul, abonde dans ce sens. Ces racines creusoises sont essentielles. Elles remontent à 1929, quand Marc Bloch a acheté une maison au hameau des Fougères, après avoir noué une amitié avec un historien local. Il y passait ses vacances, mais il y travaillait aussi, rédigeant des articles et des ouvrages majeurs dans un bureau attenant à la maison.

Cette terre a nourri son œuvre. L’historienne Annette Becker souligne que la Creuse lui a permis de renouer avec le monde paysan qu’il avait côtoyé dans les tranchées. Il observait la taille des champs, le parcellaire, pour comprendre le passé à partir du présent. C’est là qu’il a écrit des livres fondateurs comme « Les caractères originaux de l’histoire rurale française » ou « La Société féodale ». Pendant la guerre, alors qu’il était exclu de l’université par les lois anti-juives de Vichy, il a continué à publier sous le pseudonyme de Marc Fougères, du nom de ce hameau refuge. Arrêté par la milice, torturé puis fusillé en juin 1944, ses cendres ont été transférées au Bourg-d’Hem en 1977, lors d’une cérémonie en présence de Simone Veil. Aujourd’hui, le village est fier de cet hommage national. La mairie retransmettra la cérémonie et une exposition retrace sa vie, avec des lettres manuscrites et un exemplaire original de « L’Étrange défaite ». Sur sa tombe, une courte épitaphe latine résume tout. « Dilexit veritatem ». Il a chéri la vérité.

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