Société
Lyon transforme ses égouts en usine à médicaments contre les superbactéries
Les Hospices civils de Lyon ont obtenu une autorisation historique pour produire des virus bactériophages à partir des eaux usées. Une arme inédite contre…


Les Hospices civils de Lyon ont obtenu une autorisation historique pour produire des virus bactériophages à partir des eaux usées. Une arme inédite contre l’antibiorésistance, fléau sanitaire mondial.
Derrière la station d’épuration de Lyon, des chercheurs pêchent ce qui pourrait devenir notre dernier bouclier contre des infections aujourd’hui impossibles à soigner. Le deuxième CHU de France vient de décrocher le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament pour fabriquer et distribuer des bactériophages. Ces virus, inoffensifs pour l’homme, ne s’attaquent qu’aux bactéries et les détruisent en quelques minutes. Et la matière première est partout. Dans les égouts, les excréments, les milieux riches en microbes. Les phages sont l’organisme le plus abondant sur Terre. Une ressource inépuisable à moindre coût pour l’assurance maladie. Les premiers exemplaires lyonnais ont été « pêchés » en 2017 dans les eaux usées d’une station d’épuration. Après près de dix ans de travaux, le processus de purification et de conditionnement est désormais certifié à chaque étape par les autorités sanitaires.
Cette avancée répond à une urgence silencieuse. L’antibiorésistance tue déjà des centaines de milliers de personnes chaque année dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé parle de « pandémie silencieuse ». Sans action correctrice, elle pourrait faire plus de 10 millions de morts d’ici 2050. Soit plus que le cancer et le sida réunis. Face à ce tsunami, les antibiotiques classiques ne suffisent plus. Les phages offrent une alternative quand plus rien ne marche. Jusqu’à présent, les patients dans une impasse thérapeutique devaient se tourner vers des start-ups privées étrangères. La nouvelle autorisation change la donne. Elle ouvre la voie à une filière publique française de phagothérapie. Un enjeu de souveraineté sanitaire. Aujourd’hui, 95% des biomédicaments sont importés. Pouvoir produire ses propres phages, c’est réduire la dépendance aux fournisseurs extérieurs.
L’histoire des phages ne date pas d’hier. À la fin du XIXe siècle, un bactériologiste britannique observait que l’eau du Gange, en Inde, semblait détruire les bactéries du choléra. En 1915, le chercheur franco-canadien Félix d’Hérelle les baptise « bactériophages » et les transforme en médicaments. Pendant cinquante ans, les pharmacies françaises ont vendu des ampoules sous la marque « Laboratoires du Bactériophage ». Puis l’essor des antibiotiques après la Seconde Guerre mondiale a tout balayé. Aujourd’hui, ces virus ne signent pas la fin des antibiotiques. Loin de là. Les chercheurs insistent les phages sont une thérapie complémentaire, pas un remplacement. Ils viennent en renfort quand les antibiotiques sont en échec. Et ils présentent un avantage de taille aucun effet secondaire connu chez l’humain. Une fois injectés dans la zone infectée, ils se reproduisent rapidement de 1 à 200 en à peine trente minutes. Ils fabriquent leur propre armée sur place pour éliminer les bactéries. Une révolution discrète qui pourrait bien sauver des millions de vies.
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