Europe
L’Islande attend dans le suspense le verdict de son référendum sur l’Union européenne
Les électeurs islandais ont voté samedi pour décider s’ils rouvrent les négociations avec l’UE. Les sondages annoncent un résultat si serré que le pays…


Les électeurs islandais ont voté samedi pour décider s’ils rouvrent les négociations avec l’UE. Les sondages annoncent un résultat si serré que le pays pourrait passer la nuit à compter les bulletins.
Les bureaux de vote ont fermé dans la soirée, et aucun sondage de sortie ne permet de trancher. Les deux camps se disputent chaque voix, avec un dernier relevé qui donnait le « oui » à 50,4 %, une avance tellement mince qu’elle tient dans la marge d’erreur. Le dépouillement risque de s’étirer pendant des heures, et le gouvernement a prévu de prendre la parole dimanche en début d’après-midi pour tirer les leçons du scrutin. Dans les rangs des militants, on parle d’un suspense « insoutenable », même si chaque camp veut croire à sa victoire.
Ce vote ne sort pas de nulle part. L’Islande avait déposé sa candidature à l’UE en 2009, au lendemain d’une crise financière qui avait mis son économie à genoux. Les discussions ont ensuite été gelées en 2013, quand un gouvernement eurosceptique a pris les rênes du pays. Aujourd’hui, l’économie islandaise est redevenue florissante, mais la question européenne reste clivante. Le pays fait déjà partie du marché unique via l’Espace économique européen, sans adhérer à la politique commune de la pêche. Or, préserver la maîtrise de ses eaux est un pilier sacré pour beaucoup d’Islandais. Si le « oui » l’emporte, ce sera seulement le début d’un long chemin, car un accord avec Bruxelles devra encore être validé par un second référendum.
La Première ministre sociale-démocrate, Kristrun Frostadottir, a voté dans une école de Reykjavik et décrit une campagne « extrêmement passionnante ». Elle y voit un débat élargi sur la place de l’Islande dans le monde et son positionnement géopolitique. En cas de victoire du « non », le gouvernement s’est engagé à ne pas relancer le processus pendant son mandat et à saisir le Parlement pour retirer formellement la candidature. Les politologues estiment toutefois qu’une telle issue ne provoquerait pas de crise politique majeure.
La géopolitique a discrètement pesé sur la campagne. La guerre en Ukraine et les déclarations répétées de Donald Trump sur le Groenland ont rappelé aux Islandais leur situation stratégique aux portes de l’Arctique. L’île ne possède pas d’armée et dépend de l’Otan ainsi que d’un accord bilatéral avec les États-Unis signé en 1951. L’imprévisibilité du président américain, qui a parfois confondu le Groenland avec l’Islande, nourrit certaines inquiétudes. Du côté de Bruxelles, l’arrivée d’un pays riche et contributeur net au budget européen serait vue comme une belle vitrine pour la politique d’élargissement. Cela permettrait aussi à l’UE de renforcer sa présence dans une région arctique de plus en plus convoitée, et peut-être de rallumer le débat chez sa voisine norvégienne, toujours réticente à rejoindre le club. Pour l’instant, les Islandais, eux, attendent les chiffres, sans savoir si leur île se remettra une fois de plus en route vers l’Europe.
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