Économie
L’île où le bâtiment vacille, neuf patrons sur dix angoissés
En Guadeloupe, 91% des chefs d’entreprise du BTP redoutent l’avenir. Entre commandes publiques en chute libre et coûts qui flambent, le secteur vit une…
En Guadeloupe, 91% des chefs d’entreprise du BTP redoutent l’avenir. Entre commandes publiques en chute libre et coûts qui flambent, le secteur vit une crise inédite.
Le chiffre est tombé comme un couperet. Neuf dirigeants du bâtiment sur dix se disent inquiets pour la survie de leur boîte. Un sondage récent le confirme et les acteurs du terrain ne mâchent pas leurs mots. L’un d’eux confie que quand les professionnels commencent à évoquer le suicide, c’est qu’un cap a été franchi. Le chiffre d’affaires du secteur a déjà reculé de près de 10% en 2025. L’activité tourne au ralenti depuis 2022, étranglée par une commande publique qui se tarit. L’argent des collectivités, qui fait vivre les chantiers de l’archipel, se fait de plus en plus rare. Entre fin 2024 et fin 2025, à peine 331 appels d’offres ont été publiés, contre 501 un an plus tôt. Pire, moins d’un marché sur dix trouve preneur. Un cercle vicieux s’installe, les budgets prévus ne suivent jamais la contraction du marché.
Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Tout ou presque s’importe dans les outre-mer, y compris les matériaux de construction. Un nouveau mécanisme européen, entré en vigueur en janvier, taxe les produits à forte empreinte carbone importés. Résultat, le ciment perd 8% de compétitivité, et les professionnels craignent des hausses exponentielles. Par ailleurs, la principale carrière de granulats de l’île, à Deshaies, est fermée depuis décembre 2024 à la suite d’un glissement de terrain. L’entretien des routes est au point mort depuis 18 mois, et importer des granulats coûte désormais deux fois plus cher. À cela s’ajoute une réforme à venir du recyclage des déchets du bâtiment, prévue pour 2027. Beaucoup d’entreprises peinent déjà à honorer leurs charges sociales et fiscales, condition pourtant indispensable pour décrocher de nouveaux marchés.
Et quand un chantier parvient enfin à se concrétiser, un dernier obstacle l’attend. Les délais de paiement des collectivités s’étirent sur des mois. Cela asphyxie les trésoreries et pèse sur toute l’économie locale. Les banques, elles, se montrent réticentes à financer les entreprises du secteur. Quelques projets d’hôtels de luxe sont annoncés, mais ils ne suffisent pas à redonner espoir. La rénovation apparaît comme une piste, mais les normes environnementales et la loi contre l’artificialisation des sols alourdissent les factures. Le bâtiment guadeloupéen cherche une issue, mais chaque porte semble se refermer.
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