Société
L’été aggrave la solitude des aînés, des bénévoles frappent à leur porte
Alors que les canicules se multiplient et que les proches partent en vacances, de nombreux retraités se retrouvent seuls. Des bénévoles leur rendent…


Alors que les canicules se multiplient et que les proches partent en vacances, de nombreux retraités se retrouvent seuls. Des bénévoles leur rendent visite et tissent des liens précieux.
À Colombes, Maurice attend cette visite comme une respiration. Dans son appartement HLM chargé de souvenirs, l’ancien peintre en bâtiment et maçon de 67 ans a préparé le café. Les murs sont tapissés de DVD et de vinyles. Le retraité aux cheveux grisonnants porte une prothèse à la jambe dissimulée sous un jogging, et son fauteuil roulant est cassé depuis quelques semaines. Alors quand Stanislas passe la porte, le regard fatigué de Maurice s’éclaire. Il sort de vieilles photos de vacances et raconte des anecdotes. Sa fille part en Bretagne, il ne pourra pas la rejoindre.
Cette situation est loin d’être isolée. Selon le dernier baromètre des Petits frères des pauvres publié en septembre 2025, 750 000 personnes âgées sont en situation de « mort sociale ». En moins de dix ans, le nombre de seniors sans aucun lien avec leur famille, leurs amis, leurs voisins ou les réseaux a bondi de plus de 150 %. Cette année, la chaleur a rendu la situation encore plus dangereuse. Les canicules successives depuis mai ont frappé en priorité les plus vulnérables, souvent seuls chez eux. Pour la vague de chaleur historique de juin, Santé publique France a dénombré près de 6 000 décès en excès, dont deux tiers chez les 75 ans et plus. Au plus fort de l’épisode, entre le 22 et le 28 juin, les décès à domicile ont presque doublé.
Stanislas et son épouse Gisèle, tous deux retraités, ne ménagent pas leur peine. Ils rendent visite à trois personnes chaque semaine. On distribue des ventilateurs à ceux qui n’en ont pas, explique Stanislas, engagé depuis onze ans. Il souligne que les personnes très âgées ne ressentent plus la soif, un vrai danger quand le thermomètre grimpe. Mais au-delà de la vigilance, c’est une véritable amitié qui se noue. « On s’attache à eux », confie-t-il. Ces rencontres le renvoient à sa propre vieillesse et à la façon de l’appréhender, admet le couple. Un peu plus tôt, ils ont passé une heure chez Jean Mouchacca, 87 ans, ancien chercheur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Sa famille habite à Toulon, à l’autre bout de la France. Dans son salon, il étale avec passion des documents sur la dépouille de Ramsès II, qu’il a étudiée durant sa carrière. Il qualifie volontiers ses visiteurs du mot « amis ».
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