Économie
Les marges de la grande distribution, un frein à l’alimentation saine ?


L’association Familles Rurales interpelle l’Autorité de la concurrence sur les pratiques de péréquation des marges, accusant les supermarchés de compenser les faibles bénéfices sur les produits sucrés par des prix élevés sur les fruits et légumes.
Le modèle économique des grandes surfaces est une nouvelle fois questionné. Une association de consommateurs a officiellement saisi le régulateur de la concurrence pour demander une enquête approfondie sur la formation des prix. Elle suspecte une pratique commerciale répandue qui consisterait à maintenir des marges très basses, voire nulles, sur des articles d’appel emblématiques, souvent des sodas ou des pâtes à tartiner, pour ensuite reporter les bénéfices sur d’autres rayons, notamment celui des produits frais.
Selon les analyses présentées, les écarts seraient significatifs. Sur la période 2021-2023, le chiffre d’affaires généré par la vente de fruits et légumes aux consommateurs aurait été presque le double de la valeur payée aux producteurs. Ces produits frais représenteraient ainsi une source majeure de résultat net pour les distributeurs, permettant de compenser les pertes ou les faibles rentabilités d’autres secteurs comme la boulangerie industrielle.
Cette stratégie de péréquation, bien que connue dans le secteur, pose une question de santé publique. Elle pourrait en effet constituer un obstacle financier à l’accès à une alimentation équilibrée. Suivre les recommandations nutritionnelles officielles représenterait un budget mensuel conséquent pour une famille, un montant souvent hors de portée pour les foyers les plus modestes. L’association estime que cette situation requiert une réponse structurelle des pouvoirs publics.
Les représentants de la grande distribution, quant à eux, rejettent ces accusations. Ils défendent une gestion basée sur la couverture des coûts et la nécessaire compétitivité, niant toute volonté de surtaxer délibérément les produits sains. Ils mettent en avant leurs efforts pour développer l’offre de produits biologiques et soutiennent des outils d’information comme le Nutri-Score. La marge nette moyenne après déduction de toutes les charges d’exploitation serait, selon eux, très faible.
Le débat dépasse la seule question des prix pour toucher à la rémunération des agriculteurs et à la souveraineté alimentaire. Une commission d’enquête parlementaire, dont les conclusions sont attendues dans deux ans, examine ces problématiques. Parallèlement, certaines enseignes étudient la proposition d’associations de vendre à prix coûtant une sélection d’une centaine de produits de base recommandés pour la santé, une piste pour tenter de concilier accessibilité économique et qualité nutritionnelle.





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