Société
Le Rassemblement national séduit l’électorat conservateur marseillais

_**À quelques semaines du scrutin municipal, le parti de Marine Le Pen capitalise sur les déceptions d’une frange de la droite traditionnelle, affaiblissant la coalition sortante et redessinant les rapports de force dans la cité phocéenne.**_
L’échiquier politique marseillais connaît un mouvement de recomposition notable à l’approche des élections de mars. Le Rassemblement national, porté par la candidature de Franck Allisio, parvient à attirer à lui plusieurs élus et sympathisants historiquement ancrés à droite. Ce phénomène, qui s’observe dans plusieurs arrondissements, témoigne d’une évolution des lignes de fracture au sein de la droite locale, traditionnellement divisée.
Parmi ces ralliements figure celui de Blaise Rosato, élu de secteur depuis plus de dix ans. Après avoir quitté ses fonctions d’adjoint, il explique avoir rejoint les rangs du RN pour retrouver, selon ses termes, une ligne politique plus conforme à ses convictions. Une vingtaine d’élus métropolitains ou d’arrondissement auraient effectué un parcours similaire, exprimant un sentiment d’éloignement vis-à-vis d’une droite jugée trop centriste. Le candidat du RN incarne pour eux une offre politique qualifiée de « patriote et populaire », distincte de l’offre portée par la coalition de la majorité sortante.
Les sondages placent en effet Franck Allisio en position concurrentielle face à Benoît Payan, le maire sortant qui dirige une alliance de gauche et écologiste. Cette dynamique tend à marginaliser la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, pourtant soutenue par les formations Les Républicains, Horizons et Renaissance. La campagne se polarise ainsi autour de deux pôles principaux, reléguant la droite classique dans une posture délicate.
L’analyse des spécialistes met en lumière un phénomène plus structurel. Des transfuges réguliers existent depuis longtemps entre l’électorat conservateur et l’extrême droite, selon les configurations électorales nationales. Le RN cherche aujourd’hui à institutionnaliser cette attractivité en recrutant des profils d’élus expérimentés, afin de pallier un déficit historique en personnel politique aguerri et de crédibiliser son ancrage local. Cette stratégie de normalisation passe par la création d’un label commun, « La Provence qu’on aime », fédérant des candidats RN, LR et divers droite autour de thèmes fédérateurs comme la sécurité, la rigueur budgétaire et l’identité régionale.
De son côté, Martine Vassal minimise l’impact de ces défections, mettant en avant la nécessité d’une large coalition pour gouverner Marseille. Elle insiste sur sa capacité à rassembler au-delà des clivages partisans traditionnels. La campagne marseillaise s’annonce donc comme un test significatif de la capacité du Rassemblement national à convertir son implantation nationale en victoire municipale dans une grande ville, tout en mesurant la résilience des forces politiques établies face à cette offensive.

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