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Le procès des voleurs de manuscrits de Pouchkine s’ouvre à Paris

Ils ont subtilisé des manuscrits précieux dans des bibliothèques françaises. Sept Géorgiens jugés à Paris pourraient dévoiler un réseau criminel aux…

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Le procès des voleurs de manuscrits de Pouchkine s’ouvre à Paris

Ils ont subtilisé des manuscrits précieux dans des bibliothèques françaises. Sept Géorgiens jugés à Paris pourraient dévoiler un réseau criminel aux connexions russes.

C’est une affaire hors du commun. Sept hommes, tous originaires de Géorgie, comparaissent à partir de ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés d’avoir volé des manuscrits et ouvrages rares dans plusieurs bibliothèques prestigieuses, dont la Bibliothèque nationale de France et la bibliothèque Diderot à Lyon. Parmi les œuvres dérobées figurent des textes d’Alexandre Pouchkine, l’un des plus grands écrivains russes du XIXe siècle. Les prévenus sont poursuivis pour association de malfaiteurs et vol d’un bien culturel exposé. Ils risquent jusqu’à dix ans de prison. Deux d’entre eux sont visés par un mandat d’arrêt et seront absents. Deux autres ont déjà été condamnés en Lituanie et en Estonie pour des faits similaires et ont été remis temporairement à la France pour être jugés.

La technique des voleurs était particulièrement soignée. Ils se rendaient dans les salles de lecture pour consulter des ouvrages anciens. Sur place, ils photographiaient chaque page, prenaient les mesures exactes des livres et repéraient les taches ou marques du temps. Puis ils commandaient des fac-similés quasi parfaits, capables de tromper même un œil expert. Ensuite, ils revenaient pour substituer les originaux par ces copies. C’est ainsi que Mikheil Z., l’un des accusés, s’est présenté une quarantaine de fois à la BNF entre mars et octobre 2023. Il demandait à consulter des manuscrits de Pouchkine, prétextant des recherches sur la démocratie dans la littérature russe. En novembre, la bibliothèque a découvert que neuf ouvrages avaient été remplacés par des fac-similés. Le préjudice est estimé à 650 000 euros. Interrogé, Mikheil Z. a reconnu les vols mais nié toute organisation collective. Il dit avoir agi seul, poussé par l’appât du gain, et avoir revendu les livres à un certain « Maxime » en Russie.

Les enquêteurs ne sont pas convaincus par cette version. Des faits similaires ont été signalés dans une dizaine de pays européens, en Pologne, en Allemagne, en Suisse ou encore en République tchèque. Une équipe commune d’enquête a été mise en place sous l’égide d’Europol et d’Eurojust. En avril 2024, plusieurs personnes ont été arrêtées. En France, les juges d’instruction soupçonnent l’existence d’un réseau criminel structuré. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’hypothèse d’une opération liée à Moscou est évoquée. L’idée serait de rapatrier le patrimoine culturel russe dispersé à l’étranger. Pour l’instant, aucune des œuvres volées n’a été retrouvée. Une vente aux enchères en juin 2024 en Russie proposait un exemplaire du « Prisonnier du Caucase » de Pouchkine correspondant à un livre dérobé à la BNF, mais la maison d’enchères assure avoir des documents d’acquisition antérieurs aux vols. L’affaire reste donc mystérieuse. « Cette affaire peu commune porte atteinte à notre mémoire culturelle collective », a commenté l’avocat de la BNF, qui se porte partie civile. La bibliothèque dit ne pas désespérer de retrouver ces ouvrages un jour.

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