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L’affaire Lyhanna ou la justice face à ses propres fantômes

Le ministre de la Justice reconnaît un « échec collectif » après le meurtre d’une collégienne de 11 ans, dont le suspect avait déjà été visé par des…

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L'affaire Lyhanna ou la justice face à ses propres fantômes

Le ministre de la Justice reconnaît un « échec collectif » après le meurtre d’une collégienne de 11 ans, dont le suspect avait déjà été visé par des plaintes pour viol classées sans suite. Gérald Darmanin promet des sanctions et un grand rattrapage, mais la démission n’est pas à l’ordre du jour.

Le 22 août 2025, une mère dépose plainte à Plaisance-du-Touch pour des viols commis sur sa fille de 11 ans. Les examens médico-légaux confirment ses dires. Le parquet de Toulouse se dessaisit au profit de celui d’Auch, compétent. Le dossier met ensuite des mois à atterrir à la gendarmerie de Lectoure. Neuf mois s’écoulent sans qu’aucune garde à vue ne soit décidée. Le 9 janvier 2026, l’affaire est enfin transmise. Mais le suspect, Jérôme B., est toujours libre. Quelques jours plus tard, le corps de Lyhanna est retrouvé. La machine judiciaire, censée protéger les enfants, a dysfonctionné en silence.

Face à la colère, Darmanin a convoqué une conférence de presse lundi pour réagir. Il a ordonné un état des lieux tribunal par tribunal de toutes les plaintes pour violences sur mineurs, soit environ 70 000 dossiers. Il a aussi exigé des procureurs généraux qu’ils reprennent l’intégralité des plaintes concernant les enfants. « Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser les viols sur les mineurs », a-t-il déclaré. Un aveu qui sonne comme une reconnaissance d’échec. La procureure générale de Paris a résumé le sentiment général : « Pour nous aussi, c’est un échec collectif. » Une inspection conjointe de la justice, de la gendarmerie et de l’Éducation nationale doit rendre ses conclusions sous quinze jours. Des sanctions sont promises.

Mais les critiques fusent de toutes parts. Les magistrats du tribunal de Bobigny, deuxième plus grosse juridiction de France, ont dénoncé « l’hypocrisie » du garde des Sceaux et « l’aveuglement » des pouvoirs publics face à l’abandon de la protection de l’enfance. À gauche, on réclame sa démission. Darmanin l’écarte : « Cette défaillance ne tenait pas aux instructions du ministère », a-t-il justifié. Il sera auditionné mardi par le Sénat avec le ministre de l’Intérieur. Pendant ce temps, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, demande l’examen accéléré d’une proposition de loi transpartisane sur les violences sexistes et sexuelles. Un texte qui veut agir sur tous les fronts : justice, sécurité, éducation, sport, associations. Le calendrier est serré, mais l’urgence est là. Rappelons que la France ne compte que trois procureurs pour 100 000 habitants, contre plus de douze en moyenne en Europe. Le retard est structurel, et les failles béantes.

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