Monde
Le nouveau pouvoir malgache rejette l’étiquette de putsch


Le colonel Randrianirina, investi président après le départ d’Andry Rajoelina, affirme avoir reçu le pouvoir légitimement tandis que la vie reprend son cours dans la capitale.
Le futur chef de l’État malgache a fermement contesté jeudi la qualification de coup d’État concernant le changement de pouvoir intervenu cette semaine. Le colonel Michaël Randrianirina, qui doit être investi vendredi sous le titre de « président de la refondation de la République », a longuement développé sa vision devant la presse. Selon lui, la passation de pouvoir s’est effectuée dans les formes juridiques appropriées, la Haute Cour constitutionnelle ayant entériné sa désignation. « On m’a transféré le pouvoir, c’est fondamentalement différent d’une prise par la force », a-t-il souligné depuis le siège de son unité militaire, le Capsat.
Dans les rues d’Antananarivo, l’atmosphère est apaisée après plusieurs semaines de tensions. Les barrages militaires ont disparu et les habitants vaquent à leurs occupations habituelles. Le quartier général du Capsat ressemble désormais à une cour présidentielle, où se pressent personnalités politiques et citoyens souhaitant s’entretenir avec celui qu’on surnomme affectueusement « le colonel Michaël ». L’ancien sénateur Robert Razaka témoigne de cette effervescence, évoquant la nécessité de « discuter avec le président sauveur pour faire avancer Madagascar ».
Le nouveau dirigeant a nuancé ses déclarations antérieures concernant la dissolution des institutions, affirmant désormais vouloir respecter le cadre légal. La question du calendrier électoral reste cependant en suspens. Si la Haute Cour constitutionnelle exige des élections dans un délai de soixante jours, le colonel estime cette échéance irréaliste, pointant du doigt le manque de consensus autour des listes électorales et de la commission en charge du processus. Il évoque plutôt une période de dix-huit à vingt-quatre mois pour organiser le scrutin.
Parallèlement, l’entourage de l’ancien président Andry Rajoelina a confirmé son départ du territoire national entre le 11 et le 12 octobre, invoquant des « menaces extrêmement graves » contre sa vie. Cette révélation fait suite aux informations faisant état de son exfiltration avec l’assistance de militaires français. Le début des manifestations, fin septembre, avait causé la mort d’au moins vingt-deux personnes selon les Nations unies.
Le colonel Randrianirina tente de rassurer la communauté internationale en insistant sur le caractère civil de sa gouvernance. « Madagascar n’a pas choisi un régime militaire », affirme-t-il, précisant que le gouvernement sera composé de civils et que le conseil présidentiel mêlera militaires et personnalités civiles. Il exprime par ailleurs sa volonté d’intégrer des membres du collectif Gen Z, initiateur du mouvement de protestation.
Cette transition politique intervient dans un pays marqué par une instabilité chronique et une pauvreté endémique, où plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté international. Andry Rajoelina lui-même était arrivé au pouvoir en 2009 suite à un mouvement populaire, avant de retrouver la présidence lors d’élections controversées en 2018 et 2023.





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